—Je bredouille quelques mots d’excuses.

—Je lui parle des tableaux que j’ai vus rue Laffitte, je veux m’en aller, mais il m’invite à le suivre.

—Nous voici dans une petite salle à manger de bourgeois de province.

—Cézanne est assis en face de moi.

—Il me parle aussitôt peinture, il m’explique comment le pied de la lampe posée sur la table se détache sur le fond de la toile cirée, mais je suis trop ému pour recueillir tout le fruit de cette première entrevue que je n’ose prolonger davantage; d’ailleurs, il m’autorise à revenir le voir, et c’est pour moi l’essentiel.

—Ainsi débutèrent nos relations qui devinrent de plus en plus fréquentes et cordiales.

—Je rencontrai un jour chez lui le poète Léo Larguier, qui faisait comme moi son service à Aix.

—Cézanne nous invitait souvent à déjeuner chez lui, le dimanche.

—Ces repas étaient remplis d’exubérance et de gaîté, on discutait art et littérature.

—Parfois, Cézanne s’écriait brusquement, en soulignant ses mots d’un grand coup de poing sur la table: «Je suis tout de même très peintre!»