«Je vous remercie pour la façon toute fraternelle dont vous envisagez les efforts que j’ai tentés pour m’exprimer lucidement en peinture.»
—Comme je m’accusais, un jour, de ne pas réfléchir assez en travaillant, et de m’abandonner par trop à l’instinct, il me répondit ceci:
«Michel-Ange était un constructeur et Raphaël un artiste qui, si grand qu’il soit, est toujours bridé par le modèle, et lorsqu’il veut devenir réfléchisseur, il tombe au-dessous de son grand rival...»
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Il ne faut pas chercher ailleurs que dans cette phrase ce que Paul Cézanne pensait de son art, et surtout, on doit se garder de lui prêter, comme on l’a si souvent fait, d’autres pensées. N’a-t-il pas dit lui-même à Rouault:
«Ne crois pas que notre très haut et très noble art s’enseigne ou s’apprenne aux écoles, aux académies: ce que tu sauras là, sera réformé dès que tu pourras en observer avec amour les formes et les couleurs. Crois encore moins aux pontifes qui vivent les erreurs qu’ils enseignent jusqu’à ces erreurs: elles ne sont quelquefois qu’une ancienne vérité déformée qui apparaîtrait magnifique si on enlevait les scories qui la recouvrent et qui la cachent.
«Crois encore moins à ceux qui, après ma mort, parleront en mon nom ou se disputeront sur mon malheureux cadavre jusqu’à la plus mauvaise et la plus imparfaite de mes œuvres. Il y aura toujours après la bataille, et à la nuit propice, des chacals et des hyènes qui rôderont.
«Si l’on organise mon triomphe, n’y crois pas; s’ils essaient en mon nom de créer une école, dis-leur qu’ils n’ont jamais compris, jamais aimé ce que j’ai fait.»
Voici, d’ailleurs, quelques lettres adressées, les quatre premières à Charles Camoin, les autres à Louis Aurenche.