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Aix, 3 février 1902.
Cher Monsieur Camoin,
J’ai reçu samedi seulement votre dernière lettre, j’ai adressé ma réponse à Avignon. Aujourd’hui 3, je trouve dans ma boîte votre lettre du 2 février, venant de Paris. Larguier fut malade la semaine dernière et retenu à l’infirmerie, ce qui explique le retard dans la transmission de votre lettre.—Puisque vous voilà à Paris, et que les maîtres du Louvre vous attirent, et si cela vous dit, faites d’après les grands maîtres décoratifs Véronèse et Rubens des études, mais comme vous feriez d’après nature,—ce que je n’ai su faire qu’incomplètement.—Mais vous faites bien surtout d’étudier sur nature. D’après ce que j’ai pu voir de vous, vous marcherez rapidement. Je suis heureux d’apprendre que vous appréciez Vollard, qui est un sincère et sérieux en même temps. Je vous félicite sincèrement de vous trouver auprès de Madame votre mère, qui dans les moments de tristesse et d’abattement sera pour vous le plus sûr point d’appui moral, et la source la plus vive où vous puissiez puiser un courage nouveau pour travailler à votre art, ce qu’il faudrait tâcher d’arriver à faire, non pas sans ressort et mollement, mais d’une façon calme et continue, ce qui ne peut manquer d’amener un état de clairvoyance, très utile pour vous diriger avec fermeté dans la vie.—Je vous remercie pour la façon toute fraternelle dont vous envisagez les efforts que j’ai tentés pour arriver à m’exprimer lucidement en peinture.
Dans l’espoir que j’aurai un jour le plaisir de vous revoir, je vous serre cordialement et affectueusement la main.
Votre vieux confrère,
Paul Cézanne.
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Aix, 22 février 1903.
Cher Monsieur Camoin,
Très fatigué, 64 ans d’âge, je vous prie d’excuser le retard très prolongé que j’ai mis à vous répondre. Ce ne sera que deux mots.