PAUL CÉZANNE en 1861

Rodin exposait une Ève qu’on jugeait déconcertante et un buste de Falguière. Ce dernier, par contre, exposait un Balzac qu’on lui avait commandé après le scandale causé par celui de Rodin.

Rien ne manquait à la liste officielle et complète. On pouvait admirer un grand nombre de Baigneuses, de Venises au crépuscule, de Léda et de Jehanne d’Arc. Carmen Sylva voisinait avec Deschanel ou le général Brugère, et il y avait des Effets de neige et des Marchés bretons, des Retours de pêcheurs à Concarneau et des Meules de foin, des Amandiers en fleurs et des Troupeaux à l’abreuvoir, des Escadres françaises saluant les yachts russes, des Bédouins en prière, des Matins de Toussaint au Père-Lachaise, des Inquisiteurs, des Toréadors, et toujours d’innombrables natures mortes et quelques Roybet cramoisis.

C’est à l’époque où ce Salon, qui était jugé supérieur à tous les autres, florissait, qu’on me présenta à Paul Cézanne.

La petite ville où je faisais mon service militaire le tenait pour un maniaque, et il portait, sous une houppelande, un tricot de laine brune contre lequel il avait dû appuyer sa palette, en revenant du motif.

*
* *

Il me tira un grand coup de chapeau, ce qui ne fut pas pour me mettre à mon aise, car les militaires sans galons n’ont pas coutume d’être salués si bas, et j’étais, de plus, éperdu de timidité.

Je vis qu’il était chauve avec une couronne de cheveux argentés et fins.