On l’a dépeint cent fois.
Les uns trouvent qu’il ressemblait à un vieux divisionnaire bourru; d’autres ont cru voir une sorte de vagabond halluciné au nez violet et aux yeux rouges, mal embouché et toujours irrité.
Aucun de ces portraits n’est exact, et ceux qui représentent Cézanne hirsute et crasseux sont de mauvaises caricatures, exécutées par des artistes qui ne connaissaient pas la province.
On n’y est guère élégant et on y pratique un laisser-aller commode.
Je me souviens d’une petite scène qui explique assez bien cela.
Passant quelques jours dans les Cévennes, je vis un matin, à la porte du jardin, un vieil homme qui demandait mon père. Je fus le prévenir, dans sa vigne, et je lui dis:
«C’est un pauvre qui attend...»
Mon père me regarda en pensant certainement que l’air de Paris ne me valait rien.
«Un pauvre? Mais c’est M. Plantier, l’ancien entrepreneur. Il vient d’acheter le domaine des Beaumes, qui vaut plus de cent cinquante mille francs!...» ’
Ce propriétaire de marque était vêtu comme un vieux maçon sans travail, et on l’eût arrêté sur les boulevards, où la mendicité est interdite.