Au beau milieu, sur une petite table, il y avait un grand bouquet de fleurs artificielles dans un vase.
Dans tous les coins, des fruits secs ou gâtés, ceux dont il se servait pour ses natures mortes, et l’atelier sentait les chambres campagnardes où l’on conserve, à l’automne, des poires et des champignons.
Il venait d’achever une petite toile: des pommes et un de ces pots dans lesquels on met des olives, en Provence.
Il n’était pas mécontent, ce qui était assez rare, et, comme il ne devait plus utiliser ce motif, il ôta la poterie de dessus la table, puis, sortant un couteau de sa poche, il partagea une des deux pommes et m’en offrit la moitié.
Elle était rouge et luisante, et elle n’était pas très bonne...
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On a dit qu’il détruisait fréquemment les toiles qui ne lui plaisaient pas, et que Mᵐᵉ Brémond en allumait le poêle.
A tout ce que l’on couvre d’or à présent, à tout ce que se disputent les grands magnats du commerce et de la peinture, je sais qu’il n’attachait pas beaucoup d’importance.
Ses paysages, ses natures mortes, ses figures étaient des études qu’il effaçait, raclait, et qu’il jetait quand ça ne marchait pas, mais on a tout de même exagéré. Le poêle de la salle à manger n’était pas alimenté par les châssis brisés et les toiles crevées.
J’ai pourtant détourné, un jour, sa colère d’une de ses œuvres.