Il travaillait, d’après les fleurs artificielles dont je parlais tantôt, à une assez grande toile, et il était de mauvaise humeur. Aix et ses habitants, Paris et ses anciens amis, les peintres et la peinture, rien n’avait plus à ses yeux la moindre valeur et ces corolles de papier étaient roides, sèches, ridicules, elles changeaient de couleurs, les garces, elles le trahissaient, et ce qu’il avait essayé de faire n’existait pas!...
Brusquement, je fus effrayé. Il s’était précipité sur le châssis qui alla rouler par terre. Je parvins à le calmer. La toile ne fut pas détruite. Je le trouvai, un autre dimanche, devant ces fleurs artificielles, mais parmi toutes les reproductions de ses tableaux que je connais, je ne me souviens pas d’avoir vu celui-là.
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Lorsque je tirais de ma poche ma pipe et mon tabac, il souriait et me disait presque chaque fois:
«Qui fume, parfume....»
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Il me montrait souvent une petite étude de Delacroix qu’il avait dans cet atelier de la rue Boulegon où je partageai avec lui la pomme de la nature morte.
C’était une toile sans cadre, une étude esquissée en Orient. Il possédait encore du même peintre une aquarelle de fleurs qu’il gardait dans sa chambre.
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Au fond, Paul Cézanne n’était peut-être pas le féroce misanthrope qu’on veut dire.