Il y avait un piano, sur une estrade basse devant la porte, et la pianiste, qu’accompagnaient un violon et un violoncelle, était une jeune femme excessivement brune qui ne regardait personne. Elle était coiffée de bandeaux noirs à la Cléo de Mérode, et elle jouait bien sagement son morceau, au bord de son tabouret, comme une institutrice qui enseignerait aussi la musique.

Sous les grands platanes du cours Mirabeau, les désœuvrés défilaient, on se saluait beaucoup et cérémonieusement. On voyait quelques étudiants au balcon de leur cercle, de l’autre côté de l’avenue. Des gens entraient au café ou en sortaient, mais je ne me souviens pas d’avoir vu un Aixois saluer le peintre.

Personne ne semblait le connaître!...

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Il n’avait pas beaucoup de relations; pourtant il me parlait toujours avec une grande sympathie du sénateur, M. L...

Ils étaient sans doute amis d’enfance, et il lui faisait visite quand, à l’époque des vacances parlementaires, il venait à Aix.

Un soir, je rencontrai Paul Cézanne sur le cours, passablement irrité.

Il s’était présenté chez le sénateur qui devait être, à ce moment, en conférence avec quelques grands électeurs et qui ne put recevoir tout de suite, comme il l’eut certainement désiré, son vieux camarade.

Il le fit prier d’attendre et de l’excuser, mais Cézanne sortit furieux et c’est alors que je le vis.

Il commençait à parler fort et sans aménité: