«Les hommes politiques, il y en a mille en France, et c’est de la m...! Tandis qu’il n’y a qu’un Cézanne!...»

J’eus quelque peine à le calmer. Je parvins à lui expliquer comment, selon moi, la chose s’était passée, et que M. L... n’avait pu sans doute mettre à la porte les gens qu’il recevait à cet instant...

Sa colère tomba brusquement:

«Vous êtes très fort, me dit-il, et très équilibré. Vous voyez très lucidement... C’est effrayant, la vie!...»

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Un chineur, comme on dit à l’Hôtel des Ventes de la rue Drouot, eut fait rapidement fortune à cette époque, s’il avait eu l’idée de rechercher à Marseille, à Arles ou à Aix, les toiles et les panneaux abandonnés un peu partout par Vincent van Gogh, par Monticelli et par Cézanne.

Le père d’un de mes amis possédait trois tableaux qu’il avait payés cinq francs à Monticelli devant un café de la Cannebière, simplement pour se débarrasser de cet homme dépenaillé avec lequel, ayant un rendez-vous d’affaires, il ne voulait pas être vu, car il ne comprenait rien à cette somptueuse peinture.

«C’était heureusement à l’apéritif du matin, me disait son fils, que le peintre laissa ces trois panneaux sur le marbre de la table. Mon père n’osa pas les... oublier, mais je crois que, le soir, il les eut jetés dans l’eau pourrie du vieux port!...»

On pouvait trouver des œuvres de van Gogh dans les endroits les plus imprévus.

Camoin m’a conté qu’il s’était lié, pendant qu’il achevait son service militaire, avec un médecin-major dont il avait sans doute fait le portrait.