«...Mes yeux furent assaillis par tant d’énormes toiles suspendues partout et si terriblement colorées, que je restai pétrifié.

«—Ah! ah! dit Maillobert avec un accent nasillard, traînant et hypermarseillais, Monsieur est amateur de peinture (peinnn-turrre). Voilà mes petites rognures de palette, ajouta-t-il en me désignant ses plus gigantesques toiles...

«Je me retournai, effaré, car je voyais bien qu’il ne s’agissait pas seulement là d’une rapinade burlesque et joyeuse; je voyais qu’on avait la sensation du génie, de l’apostolat...

«Puis comme il vit que je regardais curieusement une série de grands pots de pharmacie étalés par terre...

«—C’est ma boîte à peindre, me dit Maillobert. Je fais voir aux ottrres qu’avec des drogues j’arrive à la vraie peinture, tandis qu’eux, avec leurs belles couleurs, ils ne font que des dro...guës!... Voyez-vous, reprit Maillobert, la peinture ne se fait qu’avec du tempérament (il prononça temmpérammennte).

«Et ce disant, il brandissait une sorte de grande cuiller à pot en bois, à long manche, avec le bout taillé en biseau...

«Maillobert n’exposait pas, pour de bonnes raisons. Il n’avait même pas voulu, m’apprit-il, tenter le Salon des refusés, alors ouvert...»

Ce passage suffit à donner une idée de cette caricature imbécile et méchante.

Duranty avait été l’ami de Cézanne, tout au moins un de ses camarades au café Guerbois.

Il aimait la peinture qu’on faisait alors, celle de Manet et de Renoir, et il a laissé un roman qu’on ne lit plus et qui est une sorte de chef-d’œuvre en gris majeur: Les malheurs d’Henriette Gérard.