A côté de ces compositions, je vis pour la première fois des toiles qui étaient sans doute de l’époque où il peignait L’Homme au chapeau de paille et La Maison du pendu.

Je sais que je revins au quartier latin, où j’habitais, enthousiasmé, n’ayant pas dit grand’chose au cours de ce repas excellent, et ayant écouté M. A. Vollard, qui était du dîner, et qui parlait de la façon la plus pittoresque, avec des nonchalances et des cruautés de grand félin...

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On s’est demandé quelquefois si Cézanne avait voyagé.

Malgré son admiration profonde pour Rembrandt et pour Rubens, pour Véronèse et Michel-Ange, il ne visita ni la Hollande, ni la Belgique, ni l’Italie.

Il n’a pas vu la Ronde de nuit dans la salle du Trippenhuis d’Amsterdam qui mire sa façade cuite et sanglante dans l’eau d’un canal, quand le fin brouillard hollandais permet les reflets et les jeux de lumières.

Qu’eut rapporté le peintre de l’Estaque de la plage de Scheveninguen et de la mer du Nord qu’aimèrent van de Velde et Ruysdael.

Il n’a pas voulu prier non plus, lui, le vieux chrétien, devant l’autel de l’église Saint-Jacques, à Anvers, où est inhumé Rubens, le maître des triomphes et des apothéoses, et il n’a pas eu la curiosité, lui qui savait le latin, d’aller lire l’épitaphe[M] que Gevaertz composa pour son ami.

Il n’a pas fait le pieux et classique pèlerinage de presque tous les artistes à Rome. Lui qui était fou des grands Vénitiens et de Michel-Ange, il ne les a pas vus chez eux.

Il pensa, pendant quelque temps, accomplir un voyage en Espagne, et en 1891 il fit un séjour en Suisse.