Doit-on s’étonner que dans ces longues conversations, roulant complaisamment sur des sujets scabreux, sensuels, sur des tableaux à damner saint Antoine lui-même, — doit-on s’étonner que parfois confesseur et pénitente se soient laissés aller à des explications que je m’abstiendrai de qualifier, qu’ils aient passé de la théorie du catéchisme à la pratique ?

En effet, imaginez-vous un jeune gaillard de vingt-cinq ans, plein de santé et de sève, sortant du séminaire où il a prêté ce serment absurde et contre nature de chasteté ; le voyez-vous, lui, dont le cœur éclate par l’explosion des passions longtemps comprimées, le voyez-vous, entreprenant de confesser une jeune et jolie fillette qui, la pauvre enfant, ne pense pas à mal ?

Catéchisme en main, il procède par interrogations scrupuleuses. Il est novice dans le métier, il craint de laisser passer la moindre peccadille sur la conscience de sa timide et tremblante cliente. Et voilà cette ravissante jeune fille de quinze ans qui, rougissant, raconte à ce jeune homme des choses intimes qu’elle n’oserait pas dire à sa mère. Elle devra énumérer les pensées qu’elle a eues en prenant son bain, etc.

Et la pauvrette, de ses lèvres chastes et roses, devra glisser dans le tuyau de l’oreille de son jeune directeur les réponses les plus exactes à toute sorte de questions qu’elle considérerait comme des injures en toute autre circonstance.

Dites, après cela, si des parents qui se sont appliqués pendant de longues années à éloigner de l’esprit, de l’imagination de leurs enfants, toute pensée qui puisse ternir la pureté de leur cœur, ne doivent pas redouter le confessionnal !

Et notez bien que je viens de parler seulement du jeune prêtre au moment où il sort du séminaire, au moment où il a peut-être encore quelques bons instincts, au moment où le contact des vétérans du sacerdoce ne l’a pas encore vicié.

Celui-là faiblit, mais il répare quelquefois sa faute. On en a vu, de ces jeunes vicaires, — rarement, il est vrai, — on en a vu jeter leur soutane aux orties et épouser la jeune fille dont ils avaient effeuillé la couronne virginale. A ceux-là, nous accordons le pardon ; ce qui ne nous empêche pas de continuer à dire que l’institution de la confession est quand même mauvaise ; car, si le prêtre ne s’était pas trouvé là, la jeune fille en aurait aimé un autre plus digne d’elle.

Un petit vicaire peut rentrer dans la vie civile ; il ne vaut jamais un bon et honnête ouvrier qui n’a pas fait cet apprentissage de fainéantise dont la livrée est une soutane.

Méfiez-vous toujours de quiconque a accepté, ne serait-ce que pendant une année, de porter cette livrée honteuse. Dans l’ancien calotin, dans l’ancien séminariste, dans quiconque s’est destiné un moment au métier malhonnête de prêtre, il reste toujours un fond de malhonnêteté. — Il n’y a à cette règle que bien peu d’exceptions ; les Raspail et les Lamennais sont de plus en plus rares.

A plus forte raison, fuyez comme la peste ceux qui ont croupi dans la fange sacerdotale. Ceux-là ne répareront pas les brèches faites à l’honneur des jeunes filles ; ils se joueront d’elles, ils les abuseront sans cesse. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des boucs à face humaine. Ils portent partout sur leurs pas, la dépravation, l’obscénité, la honte la plus crapuleuse. — Qu’ils soient maudits !