Quel procédé commode pour toujours avoir raison ! On articule un fait à l’appui d’une thèse que l’on soutient, et, quand on vous demande les moyens de contrôler votre assertion, on s’efface derrière une consigne. Monsieur l’abbé veut bien affirmer que, grâce au sacrement de pénitence, il a fait opérer des restitutions ; seulement, il ne peut pas, à son grand regret, désigner les personnes en cause, ni même indiquer les circonstances de l’aventure.

Soit. — Mais alors on me permettra de révoquer en doute les assertions de monsieur l’abbé ; car des assertions qui ne sont appuyées d’aucune preuve sont sans valeur, surtout quand celui qui les émet a intérêt à les émettre.

Bien plus, l’excuse du secret de la confession ne me paraît pas sérieuse le moins du monde ; car la prêtraille sait parfaitement passer par-dessus son fameux secret de la confession quand elle y a intérêt.

A-t-on oublié que lors du coup d’État de 51, grand nombre d’ouvriers qui faisaient partie des sociétés de résistance ont été dénoncés par les confesseurs de leurs femmes ?

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Personnellement, je ne crois pas que les confesseurs aient jamais fait restituer un centime mal acquis. Il se peut que, à des pénitents s’accusant d’avoir dérobé une somme quelconque, les confesseurs aient dit :

— Mon fils, votre action est très coupable. Pour l’expier et l’effacer, vous allez m’apporter la somme que vous détenez indûment et je l’appliquerai à une bonne œuvre catholique. Ce sera la réparation de votre faute.

Voilà ce qui arrive en fait de restitution ; mais on avouera que, si le voleur restitue de cette façon, le volé n’en a pas une plus belle jambe.

La vérité m’oblige à dire qu’il y a un curé, — il existe encore, — qui a opéré quelques restitutions en rendant à des personnes volées l’argent qui leur avait été pris.

Ce curé s’appelle l’abbé Cameigt ; tout récemment, il était à la tête d’une paroisse dans le département des Pyrénées-Orientales. — Voici quel était son manège : quand il allait en visite chez quelqu’un, il filoutait tout ce qui se trouvait à sa portée ; il ne se gênait pas ; si l’on ne s’apercevait pas du larcin avant un certain nombre de jours, il gardait l’argent ou les objets dérobés ; comment se douter que monsieur le curé était le voleur ? Si par contre la disparition de ce que l’abbé Cameigt avait confisqué était aussitôt constatée, dès que notre voleur savait que les victimes faisaient une petite enquête et recherchaient l’auteur du méfait, il se rendait chez le commissaire de police et lui tenait ce langage :