Où sont donc les avantages de la confession ? Pour ma part, je ne vois à cette institution que des inconvénients qui devraient la faire abolir ; mieux que cela, provoquer des peines sévères contre les individus qui se permettraient d’exercer l’infâme métier de confesseur.
N’oublions pas que le moine dominicain Politien de Montepulciano, qui empoisonna l’empereur Henri VIII d’Allemagne dans une hostie, l’avait absous la veille pour qu’il communiât le lendemain ; que les assassins des Sforce et des Médicis s’étaient préparés au meurtre par la confession ; que Louis XI, quand il avait commis un grand crime, demandait pardon à la petite Notre-Dame de plomb, qu’il portait à son bonnet, allait à confesse et dormait tranquille ; que Jaurigny, assassin du prince d’Orange, Guillaume Ier, n’osa entreprendre cette action qu’après avoir fortifié par le pain céleste son âme préalablement purgée par la confession aux pieds d’un dominicain.
Charles IX qui ordonnait la Saint-Barthélemy, Louis XIV qui baignait les Cévennes de sang, allaient tous deux à confesse. Or, comme quand il s’agit d’une grande affaire spirituelle, un dévôt ne manque jamais de consulter son directeur de conscience, il s’ensuit — et le fait est du reste certifié par l’histoire — que les massacres des Cévennes et de la Saint-Barthélemy ont été conseillés par les confesseurs.
C’est au confessionnal que Jean Châtel, Jacques Clément, Damiens, Ravaillac, ont aiguisé leurs poignards.
En argot de sacristie, se confesser avant de commettre un crime, s’appelle « se faire ramoner. » — C’est un terme consacré. — On nettoie sa conscience de tous les petits péchés véniels de la semaine, on en reçoit l’absolution, et l’on va bravement exécuter un crime à la plus grande gloire de Dieu.
Notez qu’un crime accompli en faveur de la religion n’est pas un crime. C’est une action d’éclat, qui fait du criminel un héros et le désigne à la vénération des fidèles.
Ainsi, que demain le gouvernement fasse rentrer le clergé tout à fait dans le droit commun, lui retire tous ses privilèges et confisque au profit de l’État les biens mal acquis par les congrégations, toute la prêtraille se dira persécutée ; les députés républicains et les membres du pouvoir seront désignés aux vengeances catholiques ; et, si quelque fanatique venait à assassiner, soit le président de la République, soit un ministre, soit un des députés démocrates influents, loin de renier l’assassin, le clergé lui élèverait des autels.
Que ceux qui gouvernent réfléchissent ! Qu’ils réfléchissent, et ils comprendront combien la confession est pernicieuse et combien en général la religion est une chose infâme.
Au siège de Barcelone, les prêtres refusaient l’absolution à ceux qui restaient fidèles à Philippe V, à qui, par parenthèse, ils avaient eux-mêmes prêté serment de fidélité.
En 1750, on refusait à Paris l’absolution et les sacrements à ceux qui n’admettaient point une certaine bulle du pape, la bulle Unigenitus, qui n’était point un acte de foi, mais un acte de parti.