Suivant Sanchez, Busembaum, saint Liguori, Layman, Bonacina, Lessius, Sporer, Diana et un grand nombre d’auteurs cités par saint Liguori et Sanchez, enfin, suivant l’opinion commune, les actions déshonnêtes comme attouchements, regards, etc., entre époux, sans relation à l’acte conjugal et aussi sans danger prochain de pollution ne sont que des fautes vénielles, parce que, pouvant être exemptes de péché si elles étaient rapportées à leur fin légitime, qui est l’acte conjugal, elles ne deviennent péché mortel que par le manque de cette fin légitime.
Il faut pourtant faire ici une distinction : c’est qu’il faut regarder comme cause du danger prochain de pollution, ou même comme une pollution commencée, les actes considérablement, énormément déshonnêtes ou infâmes, mentionnés ci-dessus, soit, comme dit Sottler, parce que de tels actes sont ordinairement accompagnés du danger de pollution ; soit parce qu’ils répugnent singulièrement à la nature raisonnable, et qu’ils ne peuvent être rapportés en soi à la copule, et que pour cela ils ne semblent pas pouvoir être excusés de faute grave à cause de l’état de mariage.
C’est avec raison que M. Rousselot, le commentateur de Sottler, a fait la remarque suivante : « L’expérience prouve que les pécheurs ne se résignent à avouer ces attouchements qu’avec beaucoup de peine, et s’ils les taisent par honte, en sont beaucoup plus tourmentés. Donc les époux considèrent naturellement ces attouchements comme déshonorant grandement la créature raisonnable. »
Tout ce que nous avons dit sur cette matière peut se résumer en ce seul passage de saint Liguori :
— Je pense qu’il est plus probable que les actes honteux entre époux avec danger de pollution, soit en demandant le devoir, soit en le rendant, sont mortels ; à moins que les époux ne les fassent pour s’exciter à une copule prochaine, parce qu’ayant droit à la copule ils ont aussi droit à de pareils actes, quand même une pollution accidentelle précéderait la copule. Mais je pense que des attouchements même pudiques sont des péchés mortels, s’ils se font avec danger de pollution, par exemple, avec la langue, sur le pénis ou sur le clitoris, vu que, dans ce cas, l’attouchement s’exerce pour la seule volupté ; il en serait autrement si c’était pour un grave motif, comme par exemple s’il y avait un motif urgent de donner des signes d’affection pour réchauffer le mutuel amour, ou si un des conjoints voulait empêcher l’autre de soupçonner qu’il aime quelque autre personne. (Liv. VI, no 934.)
3o Quant aux attouchements et regards sur son propre corps, libidineux et déshonnêtes, sans danger de pollution en l’absence du conjoint, ou dans un temps ou un lieu où le coït ne peut avoir lieu, d’après Sanchez et d’autres qu’il cite, il n’y a que péché véniel, parce que ces actes, disent-ils, sont secondaires et tendent au coït licite, quoiqu’ils n’atteignent pas leur fin légitime.
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L’opinion contraire nous paraît plus sûre et doit être maintenue dans la pratique parce que l’époux, dit saint Liguori, n’a pas droit sur son propre corps per se, mais seulement par accident, en tant seulement qu’il puisse se disposer à la copule ; d’où il suit que la copule n’étant pas possible alors, les attouchements sur lui-même sont tout à fait illicites ; et parce que l’attouchement des parties génitales, quand il a lieu morosement et avec commotion des esprits, tend de soi à la pollution et en entraîne le prochain danger. (S. Liguori, l. VI, no 936.)
§ IV
DU PÉCHÉ D’ONAN ET DE L’ONANISME EN GÉNÉRAL