L’idole des catholiques honorables dont je viens de parler, c’est précisément la même Croix, mais posée par eux sur les épaules, sur le cœur du Pauvre. Ils la renieraient s’il fallait qu’ils la portassent eux-mêmes. A cette place, ils l’adorent et « la Sueur de jésus coule jusqu’à terre en gouttes de sang »…
— Non fecit taliter omni nationi. Vous l’avez dit vous-même, Seigneur. Nous sommes la nation privilégiée, le troupeau choisi. C’est pour nous que vous êtes mort et nous n’avons qu’à nous laisser vivre. Il a fallu des martyrs et des pénitents, jadis, pour nous installer dans ce confort spirituel et matériel qui est probablement le miroir des Anges. Qu’avons-nous de mieux à faire que d’être généreux et doux envers nous-mêmes et de jouir de vos dons, en méprisant comme il convient les prophéties ou les menaces désapprouvées par nos pasteurs ?
Évidemment Notre-Dame de la Salette ne dit rien et n’a rien à dire à de tels chrétiens.
Faudra-t-il donc que la mère de Dieu se promène en vain sur les montagnes ? Le Discours de la Salette est le plus douloureux soupir entendu depuis le Consummatum. Qui oserait dire que la Vierge est « bienheureuse » de voir couler en vain le Sang de son Fils, depuis tant de siècles, et où est le Séraphin qui délimiterait ce tourment ?
VII
Refus universel de la Pénitence. « … Regarde, Mélanie, ce qu’ils ont fait de notre désert !… Ridebo et Subsannabo. »
« Le lieu que tu foules est une terre sainte », fut-il dit à Moïse sur l’Horeb, « montagne de Dieu ». J’ai retrouvé cette Parole sur les murs de l’hôtellerie de la Salette. Assurément elle y est à sa place, mais il faudrait tout le Texte : « Solve calceamentum de pedibus tuis. Déchausse-toi. »
Il ne viendrait plus personne. C’est la Pénitence réelle. Il ne s’agit pas seulement des pieds, et de quels pieds ! Il est indispensable de se déchausser l’esprit et le cœur. Et voilà tout le monde en fuite ! Les prétendus missionnaires et, après eux, les chapelains actuels, y ont pourvu. Ne quid nimis ! Pas d’excès. Loin de demander trop, on s’ingénia à ne rien demander du tout et le résultat dépassa les espérances.
« Des menaces dans la bouche de Marie, si bonne et si douce ! me disait, l’autre jour, une jeune mère ; des menaces contre de faibles enfants innocents et purs ! et des menaces de mort, de mort affreuse !… Non ! non ! Marie est mère, elle n’a pas pu les prononcer. Elle ne sait qu’aimer, la vengeance ne lui appartient pas, et je voudrais brûler la page où l’on a osé lui prêter un langage comme celui-ci : Les enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains de ceux qui les tiendront. Moi, croire à cette Apparition ! répétait-elle, en serrant son enfant contre son cœur, non, non, pauvre petit ! Jamais cette dévotion ne sera la mienne ; car c’est l’épouvante et non l’amour qu’elle inspire. »[13]
[13] Écho de la Sainte Montagne, par Mlle des Brulais, Nantes, 1854.
Ce sucre fut ajouté au vinaigre et au fiel du Golgotha et l’Océan des Larmes de Marie perdit son amertume.