Pour ne plus y revenir, je dis ici que, lorsque je dus entrer chez les Salésianes et mes compagnes retourner à Castellamare, je priai le maître d’hôtel de vouloir bien faire tenir la note de notre dépense à l’Évêque de Grenoble. L’Évêque répondit qu’il ne connaissait pas cette note[69]. Le maître d’hôtel lui rappelle la promesse qu’il lui avait faite par deux fois. L’Évêque ne voulut rien entendre. Ce pauvre maître d’hôtel n’en revenait pas d’étonnement. Je pris alors la note et je payai, tout en consolant ce pauvre monsieur.
[69] Cet endroit, non plus que le précédent, n’a pas été souligné par Mélanie.
Il faut encore dire ici ce que je n’ai su de bonne source qu’après. Mgr de Grenoble ne perdit pas son temps après notre arrivée à Rome. Il se rendait dans les Sacrées Congrégations, chez des Cardinaux, des Évêques, pour savoir dans quel but, pour quelle raison la Bergère de la Salette « a été mandée à Rome ». Et s’il n’obtenait pas satisfaction, il allait s’informer ailleurs. Quelqu’un lui dit que le Cardinal Ferrieri avait la Règle que la Sainte Vierge a donnée à Mélanie, et que « le Secrétaire du Cardinal Ferrieri, Mgr Bianchi, doit être bien pour savoir ces choses ». Quand l’Évêque de Grenoble eut cette lumière, il chercha Mgr Bianchi, qui lui annonça qu’il y avait un congrès pour cette affaire. L’Évêque de Grenoble reconnut en Mgr Bianchi l’homme capable de l’aider pour combattre contre « la Règle de Mélanie ». L’Évêque de Grenoble chercha (ou acheta, m’a-t-on dit) d’autres prélats.
II
Vers la fin de la semaine, le Cardinal Ferrieri me fit dire le jour et l’heure que j’étais attendue. Nous arrivons dix minutes plus tôt. Nous restâmes pendant ce temps dans la salle d’attente. A chaque instant on sonnait : c’étaient toujours des Évêques, et la personne chargée de la porte leur disait :
— Son Éminence ne reçoit pas : il y a un Congrès extraordinaire…
Ce fut là, pour la première fois, que je sus que je venais à un Congrès. Il y eut deux ou trois Évêques, l’un après l’autre, qui insistèrent pour entrer, et l’un d’eux disait avoir été invité par l’Évêque de Grenoble. On ne les laissa pas entrer.
L’heure est passée, l’Évêque de Grenoble ne venait pas. Le Cardinal Ferrieri me fit entrer et m’asseoir à côté de lui ; tandis que son secrétaire, Mgr Blanchi, feuilletait des papiers.
Le Cardinal me dit :
— Y a-t-il longtemps que vous n’êtes pas allée sur la montagne de la Salette ?