— Très-Saint Père, pardonnez si j’ose vous manifester mes difficultés ; quand j’aurai écrit deux pages, Monseigneur de Grenoble m’ordonnera de les lui remettre, et sous prétexte de mieux faire, il changera le tout, en m’ordonnant de copier ses explications sur le mode de pratiquer la Règle de la Sainte Vierge.
— Oh ! mais non. Voici ce que vous ferez : Quand vous aurez écrit partout dans une feuille, vous la mettrez vous-même dans une enveloppe, que vous cachetez bien, et vous mettez mon adresse comme cela : Sa Sainteté le Pape Léon XIII ; que c’est moi (sic), en mettant sa main sur sa poitrine.
— Très-Saint-Père, pardonnez si, de nouveau, j’ose manifester la répulsion que je sens en moi d’écrire sous l’autorité de Mgr de Grenoble. Sa Grandeur décachettera mon enveloppe, changera mes écrits, et fera copier sa réforme par une autre personne : de sorte que ce ne seront plus mes écrits qui parviendront à Votre Sainteté.
— Oh ! mais non. L’Évêque de Grenoble ne ferait pas cela !
— Très-Saint-Père, j’ai passé par ces voies : le vieux serpent ne dort jamais !
— Et comment faire ?
— Envoyez-moi, Très-Saint-Père, en tout autre pays, pourvu que je ne sois pas sous l’Évêque de Grenoble.
— Comment faire : j’ai donné ordre que vous iriez sur la Montagne de la Salette, pour faire observer aux prêtres et aux religieuses la Règle que la Très-Sainte Vierge vous a donnée, et qu’avant de monter, vous écriviez les Constitutions que vous m’enverriez ? Et vous savez que quand le Pape a donné un ordre, il ne peut pas revenir sur cela.
— Très-Saint-Père, Notre Seigneur vous a confié tout pouvoir sur la terre pour gouverner son Église ; or la terre est spacieuse pour aller et revenir.
— Écoutez. Priez bien cette nuit ; et demain je vous ferai dire ma décision.