— Très-Saint-Père, j’ai, dans la salle, le prêtre que mon saint Évêque de Castellamare a bien voulu me donner pour m’accompagner dans mon voyage, et une compagne : ils voudraient la faveur de votre bénédiction.
Aussitôt, l’Évêque Camérier, avec ennui, dit deux paroles au Saint-Père, qui paraissaient être un refus. Moi, ayant compris, je fis de nouveau ma demande. Enfin le Saint-Père dit de les faire entrer.
V
Nous rentrâmes à l’hôtel. Il était nuit. En peu de paroles j’écrivis à mon Saint Évêque, pour lui souhaiter la bonne fête : il s’appelait Xavier.
Le jour après, nous sommes allés de nouveau chez son Éminence le Cardinal Guidi, pour lui rendre compte de mon entretien avec le Saint-Père ; du mauvais effet que m’a donné tout l’entourage de Sa Sainteté le Pape Léon XIII ; des difficultés éprouvées pour que mes compagnons pussent se faire bénir par le Saint-Père…, et enfin, de la décision du Saint-Père, qui était que je restasse à Rome pour faire mes écrits, etc., etc.
Son Éminence Guidi se montra fort étonnée et peinée de ce que le Saint-Père n’avait pas reçu sa carte avec les quelques lignes qu’il lui avait adressées et envoyées par son secrétaire, afin de l’avertir, de le prémunir des pièges que les révoltés de la vérité de Notre Dame de la Salette pouvaient lui tendre.
— C’est incroyable, disait son Éminence, qu’ils aient arrêté mon écrit adressé au Pape. Et cependant, la personne qui a fait cela n’ignore pas la peine, la censure qu’encourt toute personne qui se permet de s’emparer d’une lettre venant d’un cardinal et adressée au Pape. C’est si vrai, que, même un cardinal, ne peut, en aucune manière, briser un cachet d’une lettre, ou d’un objet d’un autre cardinal. Ce qui m’est arrivé pour mon adresse au Pape est très-grave.
Mes compagnons racontèrent à Son Éminence ce qu’ils avaient vu avant mon audience, c’est-à-dire les billets de banque que Mgr de Grenoble voulait me donner, à condition que le ne dirais au Saint-Père que comme il allait me dire, lui, Évêque de Grenoble, et qu’après avoir été instruite, j’avais élevé la voix en protestant et disant que je ne parlerais ou ne répondrais au Saint-Père que selon ma conscience, et ce que le Divin Maître m’inspirerait dans le moment, puis l’air courroucé de l’Évêque de Grenoble.
Je dis, entre autre chose, à Son Éminence, que j’avais commencé d’écrire les Constitutions, étant à Castellamare di Stabia ; et que je désirais avoir ce cahier ; comme aussi quelque lingerie ; parce que je ne savais pas combien de temps me prendront ces écrits, Son Éminence, avec une paternelle bonté, dit à ma compagne :
— Envoyez tout ce dont Mélanie a besoin. Et vous me l’enverrez bien fermé, bien cacheté, à mon adresse que voici.