Et, tous les trois, nous reçûmes son adresse.
Puis son Éminence ajouta :
— Mélanie, ayez soin, quand vous quitterez votre chambre où vous écrirez, de bien la fermer, de mettre la clef dans votre poche, toujours, toujours.
En sortant de chez Son Éminence, nous nous dirigeons chez un papetier, pour acheter du papier, plumes, encre et divers objets, que je mis dans un foulard.
Nous nous retirions à notre hôtel, quand nous rencontrâmes le cardinal Ferrieri, accompagné de son Secrétaire, Mgr Bianchi. Il venait me chercher pour me conduire chez les Salésianes, al monte Palatino. Nous rentrons à l’hôtel, et là, seule avec le bon cardinal Ferrieri, il me renouvelle de la part du Saint-Père, que « Sa Sainteté désire que je ne reçoive personne, la curiosité des Romains étant grande ; leurs incessantes visites au parloir m’empêcheraient d’écrire. Elle désire que je sois parfaitement libre, tant d’écrire des lettres et de les cacheter moi-même, que d’en recevoir sans qu’elles aient été décachetées par qui que ce soit ».
Après nous partîmes.
(Il faut que je dise que j’avais averti ma compagne que, si je voyais de nouvelles scélératesses, je ne le lui ferais savoir qu’en deux mots, en langue grecque, et c’est ce qui arriva.)
Pendant tout le trajet, Mgr Bianchi m’exhorta à ne pas me laisser influencer par personne : « qu’à Rome, on ne croit pas que je sois libre dans mes actions ; et que toujours on voyait ces deux personnes près de moi, pour me donner des ordres. Qu’elles ont trop d’influence sur moi, etc., etc. »
— Monseigneur, lui répondis-je, Mgr l’Évêque de Grenoble a eu la preuve que je ne me laisse pas influencer. Il a eu la preuve que je me laisse encore moins acheter, c’est-à-dire, acheter ma liberté de conscience ; et sans aucun mépris pour son caractère sacré, j’ai méprisé les billets de banque qu’il m’offrait, pour que je répète au Saint-Père la leçon qu’il venait de me donner. Je désire que Dieu l’éclaire ; qu’il entre dans la voie de la justice ; sinon il sera foudroyé par les maîtres qu’il aura servis.
Changeant la conversation, Mgr Bianchi me dit :