— Le Saint-Père a envoyé, trois fois environ, le Cardinal Ferrieri pour savoir si vous écriviez ; si personne ne venait vous visiter, et si le temps ne vous dure pas, étant enfermée. — Son Éminence paraît vous estimer beaucoup. Il m’a demandé des nouvelles de votre santé, il m’a recommandé de bien vous soigner. — Mgr Bianchi est venu, très-souvent, me demander bien des choses sur votre conduite dans la Communauté. Il me semblait tout irrité quand je lui disais du bien ; et me reprochait de ne pas assez vous faire pratiquer les vertus. Il m’avait ordonné de lui faire tenir toutes vos lettres, et aussi celles qui vous étaient adressées ; et, afin que vous ne voyiez pas qu’elles avaient été ouvertes, de ne vous les remettre que le soir, quand vous étiez à table. Il m’a commandé de vous humilier, surtout en public, de vous contrarier, de vous contredire en tout : « Faites-la aller à vos offices. » Et dernièrement il me dit : « Tâchez qu’elle ne donne pas d’ambassade aux personnes qui viennent dans le Monastère. Quand elle se rend avec les religieuses, repoussez-la, dites lui d’aller passer par où passent les mondaines. Ne lui faites garnir sa lampe du soir, que pour une petite heure. »

Après que j’eus fini mes écrits, je les fis porter au Cardinal Ferrieri pour le Saint-Père, ainsi que ma lettre adressée au Pape, dans laquelle je lui disais que j’étais à la disposition de Sa Sainteté, pour aller où elle me dirait d’aller.

Quinze jours passèrent et je n’eus aucune nouvelle. Un mois passé, toujours pas de nouvelles. Mais Mgr Bianchi est venu ces jours derniers. Je l’ai connu au zèle de la Supérieure. Cette fois-ci, on veut me faire Visitandine, on veut me cloîtrer. Déjà j’avais reçu cette nouvelle d’un prêtre français, à qui Mgr Fava avait écrit : « Enfin, elle est enfermée dans un cloître, d’où elle ne sortira jamais plus ! » — On avait compté sans le Très-Haut. Il est vrai qu’on a usé de tout le possible et l’impossible. — J’écrivis de nouveau au Saint-Père, qui, probablement, n’a jamais reçu mes lettres.

Je tombe malade : je garde le lit quelques jours seulement ; mais les luttes continuaient bravement. La Supérieure était jeune, les plus anciennes religieuses étaient à leur aise avec elle. C’est pourquoi, lorsque la Supérieure entrait avec moi à la récréation, une sœur dit :

— Ma Mère, Mélanie est trop faible pour venir ici. Voyez, elle semble une déterrée.

Et voyant que la Supérieure ne prenait pas garde, elle dit :

— Ma Mère, on nous a confié Mélanie bien portante et voyez-la maintenant !

Un autre jour, la même sœur lui dit :

— J’aimerais beaucoup que Mélanie restât longtemps, et même toujours avec nous, mais pas aux dépens de sa vie ; et vous savez comme elle nous a été recommandée. C’est devoir de conscience d’avertir le Saint-Père du danger qu’elle court.

En attendant, la lutte augmentait. Et par surcroît, il m’arrivait des lettres de la ville, où l’on me traitait de désobéissante, d’entêtée, de révoltée à la volonté du chef de l’Église et presque d’une damnée !!!