Une autre :

« On vient de nous apprendre que le couronnement de Notre-Dame de la Salette n’aura pas lieu cette année, à cause d’un accident arrivé au Maître sculpteur, qui a une paralysie dans les bras : il n’a pas pu faire à temps son travail. Ou, si le couronnement a lieu, on couronnera le modèle en craie (plâtre), en attendant que la statue en marbre s’achève… »

Ce qui est vrai, c’est qu’en septembre 1879, on a couronné, avec grande pompe, le modèle (en plâtre !) de Mgr Fava : par la raison que la reproduction en marbre n’avait pu être terminée. On n’en disait pas la raison vraie.

De plusieurs côtés on m’écrivait pour informations, et on me donnait les nouvelles qui circulaient en France et qui venaient de Mgr Fava et du P. Berthier. Tantôt c’était que « le sculpteur avait dû s’absenter ». Tantôt c’était qu’« il s’était trop fatigué. On lui avait ordonné un certain temps de repos, etc., etc. ».

Mais, dans mon cher pays des montagnes, où les journaux ne pénètrent pas : les chemins de fer les plus rapprochés étant à plus de quatre heures de voiture, on ne connaissait que ce que les Pères de la Salette disaient, c’est-à-dire : « La statue en marbre blanc sera très-ressemblante ; un chef-d’œuvre de l’art[70]. Le modèle a été fait par Sa Grandeur Mgr l’Évêque de Grenoble ; et sur ce modèle merveilleux, la statue sera faite à Rome, sous les yeux du grand Pape Léon XIII. Les bergers n’ont pas su rendre le costume de la Vierge. Notre grand Évêque Mgr Fava, a mieux compris et il a pu rendre l’exactitude de ce costume du Ciel dans son modèle qui est ravissant de beauté[71]. »

[70] Ce chef-d’œuvre de l’art est d’une ânerie et d’une laideur incompréhensibles pour quiconque ignore la profonde inintelligence esthétique des chrétiens modernes.

[71] Il faut être missionnaire de la Salette ou rédacteur de La Croix pour écrire une telle réclame, où TOUS les mots sont ridicules.

Le jour du couronnement, les foules étaient accourues. Je laisse la parole à un témoin oculaire qui m’a raconté le fait :

« La Basilique était parée. La nouvelle statue venue de Rome était sur le Maître-Autel ; mais cachée par un rideau. Tout le monde palpitait du désir de voir la vraie Notre-Dame de la Salette. Les personnes qui se trouvaient au bas de la Basilique montaient sur leurs chaises, pour la voir des premiers. On trouvait l’office trop long. Enfin on entend un bruit sourd. C’était la foule qui disait qu’on avait vu bouger le rideau. Enfin, voilà le rideau qui se baisse lentement. On ne voyait encore que la tête, quand les habitants de nos contrées s’écrièrent :

«  — Ce n’est pas ça ! Ce n’est pas Elle ! Elle a ses cheveux éparpillés sur ses épaules !