LA RIVIÈRE SIX MILE.—DESSIN DE BERTEAULT, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.

Il est environ 6 heures du matin et on reste en panne jusqu'à 10 heures; enfin la saute favorable se produit et nous nous remettons en route. Nous entrons sans peine dans le lac Tagish, bien que le passage soit très étroit et abonde en bancs de sable où plusieurs bateaux s'échouent et dont ils sont quelquefois des heures à sortir. Les eaux sont couvertes d'embarcations de toutes grandeurs, formes et gréements; leur voilure est non moins pittoresque de formes et de couleurs, et le personnel aussi hétérogène qu'on peut le souhaiter d'une invasion de ce genre.

Mais bientôt il faut baisser la voile, l'air est calme et, pour ne pas rester tout à fait immobiles, deux hommes descendent à terre et au moyen d'une longue corde halent la barque, aidés par les camarades restés à bord et armés de gaffes.

On arrive ainsi en face du terrible Windy Arm (le bras du vent), qui est l'entrée d'une baie très étroite et longue de 18 à 20 kilomètres, très redoutée des navigateurs. De nombreux naufrages ont eu lieu à ce point, et il arrive souvent que la traversée de cette nappe d'eau est impossible pendant plusieurs jours; mais nous la faisons à la rame et bientôt à la voile, car une bonne brise s'est levée. Le lac Tagish est long de 30 kilomètres; sa largeur moyenne est de 2 à 3. Il est rejoint par le Taku Arm, venant du Sud, et qui doit être de longueur considérable si l'on en juge par la dépression entre les montagnes, qui peut se discerner à perte de vue.

Tous ces bras sont désignés par le Dr Dawson, le fameux géologue canadien, sous le nom de lac Tagish et sont les lieux de pêche et de chasse des Indiens de ce nom. De hautes montagnes de 2 000 à 3 000 mètres enserrent les lacs Bennett et Tagish et leur donnent une forme d'S renversée, la direction générale étant Nord, Est et Nord. Vers l'extrémité Nord du lac Tagish et sur le versant Ouest, les montagnes s'éloignent des rives, laissant de vastes plaines marécageuses entre leur pied et les eaux du lac, qui se déversent par la rivière Six Mile (9 kilomètres) dans le lac Marsh.

Des rochers à fleur d'eau à l'entrée de ce chenal exigent quelque attention; mais bientôt nous voici à Tagish Post, station de la police canadienne; c'est ici qu'il faut faire viser les papiers de douane délivrés au White Pass, et, comme c'est dimanche matin et que l'observation du jour dominical est rigoureuse au Canada, nous devons renvoyer à lundi la visite des bureaux. Nous en profitons pour faire un tour à travers le camp fourmillant de monde, tandis que des centaines de bateaux se suivent côte à côte sur la rive bordée de saules.

À quelques mètres de là les sombres sapins s'élèvent serrés, ombrageant des tentes et entourant d'une enceinte de verdure les spacieux parallélogrammes où se dressent les constructions officielles; ce sont des loghouses, ou maisons en troncs d'arbres longues et basses, percées de très petites fenêtres et de quelques portes aménagées pour la police, les douaniers, les officiers et leurs familles; elles contiennent des appartements, des réfectoires, des bureaux, des magasins.

LE PRÊCHE À TAGISH POST.—DESSIN D'A. PARIS, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.