Dawson est située sur une barre de gravier, d'alluvions ou de galets, déposés par le Klondyke à son confluent dans le Yukon, formant un triangle dont les deux côtés sont les deux rivières se rencontrant à angle droit et le troisième la colline de 100 à 300 mètres de hauteur courant du Klondyke au Yukon. Sa superficie est d'environ 200 acres, soit 80 hectares; sa plus grande longueur est d'un peu plus de deux kilomètres et sa largeur d'un kilomètre un quart; la plus grande partie de ce plateau est marécageuse et plantée de sapelots et de bouleaux rabougris; la berge, le long du Yukon, est un peu exhaussée au delà du niveau général, c'est ce qui l'a sans doute fait choisir pour le tracé de l'avenue principale. La seconde avenue, qui ne compte que quelques constructions, est déjà dans la bourbe, et les rues transversales ne commencent réellement que vers la partie inférieure de la ville, où le terrain se relève graduellement vers le pied de la colline.
VUE DE DAWSON EN 1898.—DESSIN DE BOUDIER. D'APRÈS LA PHOTOGRAPHIE DE M. GOLDSCHMIDT.
Le terrain sur lequel la ville est construite est presque en entier la propriété de Joe Ladue, un pionnier du Yukon qui, à l'origine des découvertes aurifères sur les creeks, reconnut l'importance du terrain et le jalonna. Il en prit possession en septembre 1897, quelques semaines après que l'or du Bonanza fut mis au jour, et installa une scierie qu'il avait amenée du poste de Sixty Mile. Ce terrain est divisé en parallélogrammes de 30 m. sur 18, par sept avenues allant du Sud au Nord et autant de rues de l'Ouest à l'Est, mais, à moins qu'on ne fasse les travaux nécessaires pour drainer et assainir le marécage, la plus grande partie de ces lots resteront sans emploi.
Le terrain situé entre la rue principale et la rivière, appartenant au gouvernement, a été affermé à Alexandre M'Donald, qui le sous-loue à raison de 10 livres sterling le pied courant et en retire, dit-on, plus de 25 000 dollars par mois. On annonce cependant qu'au mois de mai 1899 ce monopole expirera, et les tenanciers pourront avoir affaire directement aux autorités, qui exigeront des prix moins élevés.
Les habitants de Dawson préfèrent camper et habiter la côte et le sommet de la colline, quoiqu'ils soient ainsi plus éloignés des affaires; de fait, la disposition générale des habitations de tout genre est celle d'un anneau elliptique enserrant le marais. En été, ce dernier est la source d'émanations fétides et putrides, causant un grand nombre de cas de fièvre typhoïde et autres.
La ville d'affaires s'est donc forcément développée le long de la rive. Les lots bâtis sont actuellement tous occupés, la plupart par des locataires qui payent 10 dollars le pied courant du terrain seulement. Ils construisent eux-mêmes, et comme les planches coûtent 200 dollars les mille pieds, on peut juger de la dépense qu'occasionne la moindre bâtisse. Un bureau, de dimension très restreinte, ne peut se louer à moins de 150 à 200 dollars par mois; certains lots se sont payés 30 000 dollars et ne supportent qu'une maison de proportions ordinaires, contenant une salle de moyenne grandeur au rez-de-chaussée et un étage ou deux au-dessus.
LA BERGE DU YUKON À DAWSON.—DESSIN DE BERTEAULT, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.
Dix lots sur la première avenue, vendus pour 100 dollars il y a deux ans, sont évalués aujourd'hui à plus de 300 000 dollars. Les maisons en troncs situées sur les autres rues et avenues, se louant de 150 à 250 dollars par mois, ne contiennent, le plus souvent, qu'une pièce de quelques mètres carrés, avec une porte et une fenêtre; beaucoup même, sur Front Street, qui est la rue principale, n'ont pas de vitres aux fenêtres. Le verre à vitre ayant fait défaut, les derniers carreaux qu'on pouvait avoir étaient de 8 sur 10 et se vendaient 12 fr. 50 chacun, de sorte qu'il a fallu les remplacer par une pièce de mousseline très mince, qui laisse pénétrer une lumière diffuse. Quelques fenêtres n'ont pas même de cadre, et sont de simples ouvertures pratiquées dans la paroi en planches au moyen d'une scie.