D'ailleurs, si tout ne s'achète pas, à Dawson, et pour cause, tout s'y vend, et à de bons prix. Vous voulez un cheval? 2 000 francs; un baudet, 1 000 francs; un poulet vivant, 50 francs; un œuf frais (pondu à Dawson même), 10 francs; une pastèque, 125 francs; une orange, 2 fr. 50; une petite pomme, 25 sous; les sacs de paier, on les donne. Les consommations en minuscules quantités sont à 50 sous dans les «salons» (cafés); la bouteille d'eau minérale ou de bière coûte 25 francs; le whisky 75 francs; le vin de champagne en proportion.

Un repas dans les restaurants, consistant en un peu de soupe, une tranche de bœuf ou d'élan rôti, et du fruit cuit, avec une tasse de thé ou de café, coûtait 12 fr. 50 au commencement de l'été; l'arrivée des vapeurs l'a fait tomber à 7 fr. 50. La viande est de 5 à 8 francs la livre et le poisson un peu moins cher, surtout à partir du mois d'août, où les saumons arrivent de l'Océan en remontant le courant. Le changement d'eau et les efforts énormes qu'ils déploient dans cette lutte les ont colorés en rouge cramoisi et lie de vin, et leur chair est devenue molle et spongieuse; peu d'entre eux sont encore en bonne condition. Aussi n'en mange-t-on guère; on les pêche au filet et au harpon, et même simplement avec le recueilloir. On fait sécher la chair au soleil, et avec cela on nourrira les chiens en hiver.

La majeure partie des aliments consiste en farine, pois, haricots en sacs, pommes de terre, oignons et quelques autres légumes évaporés et en caisses, en fruits secs, pruneaux, pêches, pommes, abricots, etc., en viandes salées, lard, jambon, bœuf, langues; en conserves de rosbif et de gigot en boîtes; en sardines à l'huile, beurre, sucre cristallisé en sacs, fromage en cercle, etc.

L'estomac se fatigue vite de cette nourriture, qui, si excellente qu'elle soit en elle-même, manque de la première des qualités: la fraîcheur. On a réussi cependant à faire passer par la sente de Darton quelques milliers de bœufs et de moutons qui trouvent à partir de mai une abondante pâture et qui ont été parqués à Fort Selkirk, où l'herbage est facile à obtenir. Des spéculateurs ont élevé là de vastes abris, et au fur et à mesure des besoins ils expédient le bétail en très bonne condition à Dawson par radeau, en trois jours.

De plus, les nombreux chasseurs et trappeurs qui battent la contrée tuent assez fréquemment l'élan et l'ours, qui constituent un très bon manger; l'élan surtout, que les Canadiens appellent original, a une chair fine et plus tendre que celle du bœuf, qu'elle égale pour le poids; il n'est pas rare d'abattre des individus pesant de 700 à 800 kilos. Les andouillers de cet animal se terminent en palettes énormes et mesurent de bout à bout près de 2 mètres; sa tête ressemble beaucoup à celle de la mule. C'est donc un fort beau coup de fusil, surtout si le chasseur se trouve à proximité d'une rivière, car alors il construit un radeau, y dépose la carcasse dépecée de l'élan et, tout en surveillant, l'aviron à la main, sa précieuse charge, calcule assez correctement que 400 à 500 kilos de viande à 1 dollar le kilo lui rapporteront au bas mot 400 dollars.

Il y a dans l'intérieur du pays une quantité de champignons comestibles, mais l'ignorance à leur égard est si grande qu'ils sont laissés de côté comme si tous étaient vénéneux.

Dawson est, comme nous l'avons dit, un assemblage de baraques en bois et de tentes élevées sans aucune prétention à l'ordre ou à la symétrie, sauf en ce qui concerne la première rue, et ici même un ingénieur aurait d'importantes rectifications à faire. Il n'y a ni égoûts ni canaux pour l'écoulement des eaux, de sorte qu'à la première crue ou après une forte pluie d'orage, une inondation se produit et que, comme en juin dernier, on doit se servir de canots, l'eau remplissant les habitations à 2 ou 3 mètres de hauteur.

AUTRE VUE DE DAWSON.—DESSIN DE BOUDIER, D'APRÈS LA PHOTOGRAPHIE DE M. GOLDSCHMIDT.

Par-ci par-là un trottoir en planches, tantôt sur le sol, tantôt élevé de quelques marches, ce qui donne un aspect serpentin à la foule en mouvement.