Le Bonanza et l'Eldorado, après deux ans de travaux d'exploitation, donnent à peine la mesure de leur capacité; il n'y a pas de doute que la partie inférieure du Bonanza, par exemple, ne soit riche, mais elle est encore à travailler.

Hunker, Dominion, Sulphur et d'autres creeks sont à peine prospectés; c'est cet hiver qui déterminera avec quelque degré de certitude leur valeur, et il est certain que les premiers résultats de leur exploitation correspondront aux prospects préliminaires qui ont été obtenus. En outre, comme nous l'avons vu, les barres aurifères, le long du Yukon et sur les creeks du territoire américain, tels que le Forty Mile supérieur, le Seventy Mile, le Birch, etc., sont riches et payeront de forts dividendes dès qu'elles pourront être attaquées par des moyens mécaniques à l'aide de «géants», de «moniteurs», de pompes et d'élévateurs, comme cela se pratique sur les placers à minage hydraulique de la Californie et de la Colombie Britannique. Mais ce genre de mines ne peut être exploité avec succès que par des compagnies possédant le capital nécessaire pour se procurer l'outillage, qui est coûteux et dont le transport sur les lieux double le prix d'achat original. En dépit de ces difficultés les opérations ont été commencées sur les différents placers, et l'année 1899 verra probablement un déploiement d'activité extraordinaire et rémunérateur. Le capitaliste pourra alors juger ces mines en connaissance de cause, et la spéculation trouvera moins à s'exercer, devant le mouvement d'affaires légitimes et sensées qui ne peut manquer de se produire.

L'automne colore les feuilles en orange et les bords du fleuve présentent un coup d'œil fantastique, le même ton se répétant sans interruption pendant des centaines de kilomètres. Il doit y avoir très peu de vent, car les arbres ont leur feuillage aussi fourni qu'au commencement de l'été; les eaux très hautes, venant des lacs, annoncent que les pluies doivent avoir été abondantes dans la région des montagnes de la côte, mais ici, dans la vallée du Yukon, le beau temps continue, l'air est doux et léger, et nous avons la perspective d'un voyage facile et agréable; mais l'absence de toute note verte dans le paysage, ainsi que les vols innombrables de cygnes, d'oies, de cigognes, prouvent que l'hiver est imminent.

LE COLONEL EVANS CROQUIS DE L'AUTEUR.

Quelques bateaux et barques retardataires sont rencontrés en route; nous invitons les hommes qui les montent à rebrousser chemin en leur disant qu'il n'y a plus rien à faire au Klondyke. Ils répondent en riant et en hochant la tête et passent outre.

Echoué sur la rive, un petit vapeur dont nous ne pouvons apprendre le nom témoigne du danger de la navigation. Il sert d'habitation temporaire à quelques prospecteurs qui explorent le voisinage.

À Fort Selkirk, où l'on s'arrête une demi-heure, nous faisons la connaissance du colonel Evans, commandant en chef des troupes de la milice canadienne envoyées là pour y tenir garnison.

La région possède des richesses minérales; outre les placers cités, on trouve des dépôts aurifères sur plusieurs rivières et ruisseaux; les plus connus sont les Sixty Mile et Forty Mile, tandis que de nombreux cours d'eau charrient de l'or très fin. Plusieurs barres sur le Yukon payent assez bien; l'une d'elles, nommée Cassiar Bar, entre la rivière Teslin et le Big Salmon, fut travaillée en 1886 par quatre mineurs qui en tirèrent quelques milliers de dollars en un mois.

Des fouilles sur le Stewart ont aussi été exécutées sur les barres. Le seul gros or trouvé dans cette région l'a été sur la rivière Forty Mile, la plus grosse pépite ramassée valant environ 200 francs. Elle fut perdue, le mineur qui la possédait s'étant noyé en descendant le cagnon.