Quant à l'or en filons, on n'a rien trouvé de bien jusqu'à présent, seulement çà et là quelques veines peu importantes et en général du quartz aurifère très pauvre. Du cuivre natif a aussi été obtenu en quelques endroits, ou échangé par les Indiens, qui se refusent à désigner les emplacements où ils l'ont découvert.

MILICIENS CANADIENS. CROQUIS DE L'AUTEUR.

Après avoir quitté Selkirk, nous ne tardons pas à rencontrer quelques barques et canots montés par plus de 120 soldats et officiers de la milice canadienne venant rejoindre leur colonel, après avoir descendu la rivière Teslin (l'Hootalinqua des mineurs).

Les miliciens, reconnaissant parmi les passagers du Columbian la présence du populaire major T..., font retentir leurs acclamations en son honneur et le saluent en poussant leurs «Hip! hip! hurrah!», auxquels on répond du bord avec enthousiasme.

Leur exode à partir de Telegraph Creek, sur la rivière Stikine, sous le 58e parallèle, a été pénible et a duré près de quatre mois. Cette route avait été préconisée par les autorités comme étant plus courte et plus facile que les autres et aussi parce qu'elle était «toute canadienne», c'est-à-dire ne traversant pas le territoire américain. Mais l'expérience de milliers d'infortunés est là pour attester son impraticabilité; c'est ce qu'admit l'aimable et courtois major T..., qui fait route avec nous de Selkirk à Victoria.

Mais reprenons le récit du voyage de retour. Le passage des Five Fingers ne se fait pas sans quelque difficulté; le steamer doit forcer la vapeur pour pouvoir vaincre la résistance du courant; l'espace entre les rochers est étroit et ne laisse que juste la place nécessaire à notre bateau; l'eau comprimée entre les piliers de rocher acquiert une vitesse vertigineuse.

Pendant quelques minutes, le vapeur reste immobile, il est même sur le point de reculer, tandis que sa double cheminée halète et vomit des torrents de fumée. L'anxiété est grande parmi les passagers, et les yeux se fixent sur les rochers, qu'on toucherait presque de la main, pour savoir s'il y a mouvement et dans quelle direction. Mais tout est sauvé: imperceptiblement, le point fixé semble se mouvoir fort lentement, il bouge à peine, mais enfin il bouge; tout à coup il marche rapidement: l'obstacle est vaincu!

Plus haut, on passe la barre de Cassiar, où quelques boîtes à laver et des cabanes indiquent des travaux faits par des mineurs dans le gravier aurifère. Des boys, qui vendent leurs cordes de bois au commissaire du bateau, nous disent qu'ils y ont lavé de l'or, mais n'ont pas pu faire plus de 2 à 3 dollars par jour, ce qui est absolument insuffisant dans cette contrée; ils ont préféré couper du bois et le vendre aux bateaux à raison de 8 dollars par corde, dont ils peuvent faire aisément deux par jour, soit 16 dollars. Cette barre, longue de plus d'un mille, pourrait être exploitée avec succès au moyen de machines hydrauliques, mais pas autrement.

Non loin de l'embouchure de la Teslin, nous apercevons échoué le steamer Anglian, qui s'est brisé sur les rochers de la rivière, en essayant de la remonter. Ce vapeur fut construit l'hiver dernier au lac Teslin; les machines avaient été transportées à grands frais de la rivière Stikine, sur des traîneaux attelés de chevaux et de chiens. Il mesure 26 mètres de long et a un tirant d'eau de 1 mètre. Il a mené 77 soldats et plus de 30 passagers à Fort Selkirk. Il est probable que les glaces le démoliront entièrement.