LA TENTE DE SKOOKUM JIM. DESSIN DE MADAME PAULE CRAMPEL, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.

Ces Indiens sont de taille moyenne et rappellent le type des Indiens du Nord de l'Amérique. On suppose qu'ils se rapprochent très exactement, comme type, du Peau-Rouge tel qu'il apparut à nos ancêtres, lors de la conquête. C'est principalement à eux qu'ont affaire les voyageurs pour le transport du Klondyke. Ayant eu de fréquents rapports avec les négociants en fourrures, ils connaissent si bien toutes les roueries du commerce, la loi de l'offre et de la demande, la valeur des services qu'ils rendent, qu'ils demandent 100 francs et souvent plus pour porter 100 livres. Pour les besoins de leur négoce, ils se servent d'un patois mélangé de français et d'anglais.

Leur recensement, en 1890, a fait connaître qu'ils étaient une trentaine de mille répartis dans toute la région. Mais depuis la découverte de l'or, ils se sont portés en grand nombre sur tout le parcours de Juneau à Dawson, en quête de voyageurs à exploiter.

Ils n'ont d'autres moyens d'existence que la chasse et la pêche. Les fourrures sont pour eux une source de grands bénéfices; la pêche, surtout celle du saumon, leur procure une nourriture à eux et à leurs animaux.

Il n'y a dans l'intérieur de leurs demeures que des peaux entassées sans ordre dans les coins ou déployées sur le sol, un coffre ou deux curieusement décorés de dessins originaux, et peints de couleurs gaies, des ustensiles, surtout des cuillers faites en corne de bouquetin bouillie et quelques ornements de broderie et de verroterie.

La musique est presque inconnue parmi les Siwashs; cependant nous remarquons chez Jim une sorte de guitare faite d'une vieille boîte à cigares ornée d'un manche et garnie de clefs et de 2 ou 3 cordes; quelques harpons et flèches et une carabine complètent le mobilier.

Autour de la tente sont dressées des perches chargées de pièces de viande séchant au soleil, morceaux informes, déchiquetés, souillés de sang, dégoûtants à voir: c'est la provision d'hiver. Tout près veillent les malamouses, mi-chiens, mi-loups; ils sont immobiles à l'approche de l'homme. Mais, se présente-t-il un chien étranger, ils entonnent leur péan de guerre, qui consiste en glapissements plaintifs, et, se jetant sur l'intrus, lui livrent une bataille en règle; même ils le dévoreraient sans l'intervention du maître.

Pendant que les hommes vont chasser ou se reposent, les femmes confectionnent les vêtements d'hiver, les gilets de chasse doublés de fourrure, les mocassins, les pantoufles brodées de grains de couleur; les jeunes gens ne possédant pas de fusil fabriquent des lacets faits de filaments détachés de la corne des bouquetins et au moyen desquels ils étranglent en quantité des écureuils dont ils mangent la chair et préparent la peau pour des bordures de vêtement.