CHIENS-LOUPS DE L'ALASKA. DESSIN DE MALHER, D'APRÈS LE CROQUIS DE L'AUTEUR.
Les enfants vont et viennent sans soins ni surveillance, excepté dans les endroits où il y a une mission. L'ignorance de ces Indiens est phénoménale, leur saleté sans pareille: leurs vêtements exhalent une odeur rance repoussante, et les marmots sont recouverts d'une épaisse couche de crasse; ils ne se lavent pas et ne paraissent pas se douter que l'eau peut servir à des usages de propreté.
Ils n'ont aucune croyance religieuse et, à part un certain culte qu'ils paraissent rendre aux morts, on pourrait supposer qu'ils sont rebelles à tout sentiment désintéressé.
Les efforts des missionnaires russes et anglais ont eu cependant des résultats marqués, et, sans eux, ces pauvres Indiens seraient à ranger parmi les êtres les plus dégradés de la race humaine. L'amour maternel brille pourtant chez eux de tout son éclat. On raconte l'histoire d'une pauvre Indienne qui, étant enceinte, mit au monde et éleva une espèce de monstre couvert de poils et à l'allure d'ours. Une épidémie ayant décimé sa tribu, la superstition populaire attribua le fléau au pauvre être déshérité, et il fut décidé qu'on le sacrifierait à la divinité irritée, afin de l'apaiser.
À cet effet, une bande de sauvages armés fit irruption dans la tente habitée par la mère et l'enfant; sitôt que l'Indienne comprit le but de cette visite, elle se jeta au-devant des agresseurs et déclara qu'ils ne passeraient outre que sur son cadavre.
Et, joignant le geste à la parole, elle se précipita sur les hommes stupéfaits, qui prirent la fuite.
XVIII
Le Nora.—Une fausse alerte.—Le lac Lindeman.—Tempête sur le Chilkoot Pass.—Une catastrophe.—Les échelles.—Sheep Camp.—Canyon City.—Chien indien péchant le saumon.—Les Glaciers.—Dyea.—Sitka.—Le retour.—Sir Wilfrid et le planton.—Les Canadiens français.
LE LAC LINDEMAN.—PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.