Nagasoune, disent les historiens japonais, avait, antérieurement à l’arrivée de Zinmou dans le Yamato, proclamé prince des tribus indigènes, Mumasimate, fils de sa sœur cadette et d’un certain Nigi-hayabi[56]. Or, ce Nigi-hayabi était lui-même fils d’Osiho-mimi, le second des grands dieux terrestres (ti-zin); de telle sorte que Zinmou, qui se prétendait issu de son côté de Ugaya-fuki awasesu, le quatrième de ces grands dieux, se trouvait apparenté avec le principal chef de ses ennemis. Seulement, il s’agissait pour lui de faire accepter à son adversaire ce système généalogique. Voici comment il s’y prit, d’après la légende:
Nagasoune avait envoyé un émissaire à Zinmou pour lui faire voir un carquois provenant des génies célestes, et qui appartenait à son beau-frère, Nigi-hayabi. L’empereur, de son côté, montra un carquois qu’il possédait; et comme, en les rapprochant, ils se trouvèrent identiques, il devint évident pour tous que Zinmou et Nigi-hayabi descendaient l’un et l’autre des anciens dieux du pays. Ce dernier, convaincu de cette parenté qu’il n’avait pas soupçonnée, voulut faire sa soumission au mikado. Nagasoune tenta de s’y opposer: sa résistance lui coûta la vie[57]. Zinmou avait, de la sorte, aplani par la ruse les obstacles que ses troupes étaient impuissantes à renverser. Fort de l’alliance du prince aïno Nigi-hayabi, il lui fut désormais facile de vaincre et d’anéantir l’un après l’autre tous les chefs des tribus qu’il rencontra sur sa route. Ces petits chefs, il n’avait plus désormais de nécessité de les attacher à sa fortune; au lieu de voir en eux des descendants des anciens dieux du pays, il ne les considéra plus, væ victis! que comme des bandits. L’histoire, qui nous les represente comme vivant dans des tanières, à l’état sauvage, les appelle «des araignées de terre» (tuti-gumo).
Maître de la situation, après sept années consacrées à des préparatifs militaires et à des combats, en l’an 660 avant notre ère, Zinmou fit construire, dans la province de Yamato, le palais de Kasiva-bara, où il fut proclamé mikado. Il organisa ensuite son gouvernement; et, après soixante-treize ans de règne, mourut à l’âge de cent vingt-sept ans, en 585 avant notre ère. L’année suivante, il fut inhumé sur une colline au nord-est du mont Ounebi[58]. De nos jours encore, on va faire un pèlerinage au tombeau du fondateur de la monarchie japonaise.
IV
LES SUCCESSEURS DE ZINMOU
JUSQU’A L’ÉPOQUE DE LA GUERRE DE CORÉE
A période de l’histoire du Japon dont nous allons nous occuper aujourd’hui, est comprise entre les années 585 avant et 313 après notre ère. Cette période, quel’on peut considérer, en partie du moins, comme semi-historique, s’étend de la sorte depuis le second mikado jusqu’à l’époque où la civilisation du continent asiatique, à la suite de la guerre de Corée, commence à se répandre dans les îles de l’Extrême-Orient. C’est un espace d’environ 900 ans, durant lequel le Japon se développe en dehors de toute influence étrangère, à l’exception de celle que représente Zinmou et ses compagnons d’armes sur le sol envahi des tribus aïno.
Pendant ce millénaire, quatorze mikados et une impératrice occupent, à peu près sans interruption, le trône établi pour la première fois, en 660 avant notre ère, dans le palais de Kasiva-bara. Plusieurs d’entre eux n’ont guère laissé, dans les annales de leur pays, d’autre souvenir que celui de leur nom[59] et du lieu de leur résidence.