Toutefois, les relations de la Corée avec le Japon, dont elle reconnaissait la suzeraineté[85] depuis les conquêtes de Iki-nagatarasi, deviennent très suivies sous le règne de Honda; et nous voyons des gens de la triarchie des Sankan employés par le mikado à de grands travaux publics, notamment à creuser un lac qui fut nommé San-Kan-no ike «le lac des Trois Kan»[86]. Le prince Waka Iratsouko, élève de Wani, acquit bientôt la connaissance de l’écriture chinoise. On rapporte, en effet, qu’en 297 le roi de Koraï, ayant écrit au mikado une lettre dans laquelle il se vantait que son pays avait apporté l’instruction au Japon, ce prince lut lui-même la lettre, et, après avoir témoigné à l’ambassadeur qui l’apportait son mécontentement pour l’impolitesse de sa teneur, la déchira en morceaux[87].

A partir de cette époque, avec la littérature de la Chine, nous voyons la civilisation chinoise, d’année en année, de plus en plus pénétrer de part en part la civilisation japonaise. La langue écrite du Céleste-Empire devient la langue savante du Nippon, les livres composés dans cette langue, les livres classiques sur la culture desquels sera basée désormais toute instruction soignée, toute éducation libérale.

Nous avons donc à examiner à présent, au moins dans ses traits les plus caractéristiques, cette vieille et à tant d’égards étonnante civilisation du Céleste-Empire, dont la connaissance était naguère encore considérée comme indispensable à tout Japonais qui prétendait au titre de lettré ou même simplement d’homme bien élevé. Depuis la récente invasion des idées européennes au Japon, les indigènes négligent plus que par le passé les études chinoises auxquelles ils s’adonnaient naguère des leur entrée à l’école et jusqu’à la fin de leurs classes. On aurait tort de croire cependant que ces études soient absolument dédaignées, abandonnées par les insulaires de l’Extrême-Orient. Quiconque possède une solide érudition sinologique est assuré de leur estime, de leur courtoisie; et, en bien des circonstances, il n’y a pas pour l’Européen de meilleur moyen d’acquérir la confiance de ces intelligents orientaux, d’arriver à être admis sans détour dans leur intimité, que celui qui consiste à leur montrer qu’on connaît à fond la littérature antique du pays d’où ils ont tiré jadis leur écriture, leurs sciences, leur religion et une grande partie de leurs idées morales et philosophiques.

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