Arrivée dans le pays de Tsoukousi, conformément à ses vœux, elle accoucha d’un fils, qui fut plus tard l’empereur Hon-da. Elle se rendit ensuite à Toyora, pour accomplir les funérailles de Tarasi-naka, son époux décédé avant la guerre.

Un des fils de Tarasi-naka, né d’une autre mère que Iki-naga-tarasi, sous prétexte qu’il était l’aîné, voulut revendiquer ses droits au trône de son père. Il leva, pour appuyer cette revendication, une armée qui attaqua les troupes de l’impératrice. Také-no outsi Soukouné, ministre de cette princesse, parvint à l’aide d’un stratagème à surprendre à l’improviste le prince révolté, qui ne put sauvegarder sa liberté que par la fuite. De désespoir, il se noya.

Iki-naga-tarasi envoya deux fois des ambassadeurs à la cour des Weï, qui régnaient, à cette époque, en Chine. On trouve, en effet, dans le recueil des Historiens de la Chine, la mention de plusieurs ambassades d’une reine du Japon appelée Pi-mi-hou, qui paraît être la même que l’impératrice épouse de Tarasinaka. Les auteurs chinois disent, il est vrai, que, «devenue adulte, elle ne voulut pas se marier»; mais ils ajoutent qu’elle s’était «vouée au culte des démons et des esprits[83]», particularité qui contribue à rendre l’identification très vraisemblable. Il y a, d’ailleurs, une question de synchronisme qui éclaircit sensiblement le problème.

Une de ces ambassades est fixée à la seconde année de l’ère King-tsou (238 après J.-C.). Une autre ambassade est mentionnée à la quatrième année de l’ère Tching-tchi (243 après J.-C.).

La plupart des historiens japonais sont muets au sujet de ces ambassades; et ceux qui les mentionnent se sont probablement renseignés à des sources chinoises.

Le Nipponwau-dai iti-ran, dont une traduction très imparfaite, rédigée par Titsingh avec le concours des interprètes japonais du comptoir de Dé-sima, a été publiée par Klaproth, parle d’une ambassade de l’empereur des Weï qui aurait été envoyée à la cour du Japon[84]. Le même ouvrage dit que Sun-kiuen, souverain chinois de la dynastie de Ou, eut l’idée d’attaquer le Japon; mais, bien qu’il ait fait passer la mer à plusieurs myriades de soldats, il n’obtint aucun résultat, une maladie pestilentielle ayant décimé son armée pendant la traversée.

Iki-naga-tarasi, suivant les historiens japonais, aurait régné 69 ans et vécu un siècle. Les historiens chinois, au lieu d’attribuer un si long règne à cette princesse, font figurer plusieurs souverains pendant cette période: un roi, qu’on ne nomme point et auquel le peuple refusa de se soumettre; puis une fille de l’impératrice, appelée I-yu, qui monta sur le trône à l’âge de treize ans.

Le successeur de l’impératrice Iki-naga-tarasi fut l’empereur Hon-da, fils de cette princesse et du mikado Tarasi-naka. Si le règne précédent tient encore à la mythologie par le merveilleux dont les historiens indigènes se sont plu à l’entourer, le nouveau règne appartient définitivement à l’histoire. C’est à partir de cette époque que l’usage de l’écriture s’est répandu au Japon, et que les lettrés de ce pays ont commencé à cultiver la littérature chinoise.

Le Ni-hon Syo-ki rapporte qu’en automne de la quinzième année du règne de Hon-da (284 de notre ère), le roi de Paiktse envoya un personnage appelé A-ti-ki ou A-to-ki offrir au mikado deux beaux chevaux de son pays. Ce personnage savait lire le chinois, de sorte que le mikado le nomma précepteur (fumi-yomi-hito «maître de lecture») de son fils, le prince héréditaire Waka-iratuko. A-ti-ki, ayant désigné un lettré du royaume de Haku-sai, nommé Wa-ni, comme le plus capable pour remplir cette mission, Honda envoya chercher Wa-ni en Corée. Celui-ci arriva au Japon l’année suivante (285 de notre ère), et fut aussitôt appelé aux fonctions de précepteur du prince impérial.

Wani appartenait à la famille de l’empereur Kaotsou, de la dynastie des Han, dont un des membres était venu s’établir en Corée, dans le royaume de Paiktse. Mandé à la cour du mikado, il apporta au Japon le Lun-yu ou Discussions philosophiques de l’École de Confucius, le Tsien-tze-wen ou Livre des Mille Caractères, et quelques autres ouvrages chinois, dont nous ne possédons malheureusement pas la nomenclature.