Il n’en fallut pas davantage pour exciter la curiosité enthousiaste des indigènes, et pour leur donner l’ardent désir de connaître les autres inventions d’un pays qui lui apportait en présent des objets aussi étonnants et aussi inattendus.
Le mouvement était donné. Les membres des ambassades envoyées par le syaugoun en Europe et en Amérique, revinrent dans leur pays, la tête exaltée par toutes les merveilles qu’on avait étalées à leurs regards.
Ils racontèrent de point en point ce qu’ils avaient vu, et en firent l’objet de publications populaires qui eurent pour la plupart un brillant succès d’actualité.
Le Japon n’eut dès lors qu’une pensée: celle d’imiter l’Europe et de cesser d’être Japonais, ou tout au moins asiatique. On demanda des officiers instructeurs pour l’armée, des ingénieurs, des mécaniciens, des médecins, des professeurs, des artisans de chaque spécialité; et, à leur arrivée, on se mit en devoir de tout bouleverser, de tout renverser, de raser l’édifice du passé, pour arriver plus vite à la reconstruction d’un édifice nouveau.
La pensée bien arrêtée du gouvernement japonais était de se donner tout d’abord les allures extérieures de la civilisation européenne. Le mikado, dont le père ne donnait audience aux grands de sa cour qu’à demi caché par un store derrière lequel il se tenait accroupi, a remplacé le vêtement ample et traînant de ses aïeux, par le costume étriqué d’un général européen. Sous ce costume, il n’hésite plus à se montrer aux étrangers et à ses sujets vêtus du frac noir et coiffés du chapeau en tuyau de poêle.
Les fonctionnaires de tout rang obtiennent des costumes analogues à ceux que portent leurs pareils dans les monarchies de l’Occident. La forme des édifices publics, l’ameublement des habitations, tout, en un mot, se transforme de jour en jour à l’avenant.
A peine les Japonais eurent-ils reçu le télégraphe modèle que le président des États-Unis avait envoyé en présent au syaugoun, qu’une première ligne fut établie et mit en communication régulière le palais d’été de ce prince et sa résidence à Yédo, sur une étendue d’environ six milles[237].
Des lignes plus importantes ne tardèrent pas à être organisées; et, de nos jours, le réseau télégraphique du Nippon tend à se développer avec une remarquable rapidité. Une ligne principale met déjà en communication Nagasaki et Yédo d’une part, et de l’autre Yédo avec le nord du Japon, dont elle franchit les limites terrestres pour gagner, par un câble sous-marin, Hako-dade, et atteindre de là jusqu’à Satuporo, la nouvelle capitale de l’île de Yézo. En même temps, des traités conclus avec de grandes compagnies européennes ont mis Yokohama en rapport direct avec l’Europe par deux voies différentes, celle de la Sibérie et celle de l’Inde.
Les Européens avaient des chemins de fer: il fallait que les Japonais en eussent aussi. Au mois de juin 1872, un premier tronçon, reliant Yédo à Yokohama, fut ouvert au public. Ce tronçon avait coûté un prix exorbitant, mais peu importe: on ne pouvait plus dire qu’il n’y avait pas de lignes ferrées au Japon. L’amour-propre national venait d’obtenir une première satisfaction. Un autre tronçon fut établi entre Kobé et Ohosaka. Les travaux qui doivent réunir cette dernière ville à Kyauto sont poussés avec une grande activité. Des lignes plus considérables sont à l’étude; de sorte que d’ici peu d’années, si cela continue, les Japonais auront des chemins de fer dans toutes les directions. Il ne leur manquera que des routes!
De nombreux bâtiments à vapeur, la plupart de petites dimensions, tendent à remplacer, chaque jour, les jonques au moyen desquelles se fait encore le cabotage sur toute l’étendue des côtes de l’empire.