— Je n’ai fait qu’observer toute ma vie, répondit l’établisseur de dossiers en pliant son portefeuille et en saluant. Demain, monsieur recevra les premières feuilles, dont l’envoi quotidien continuera jusqu’à instruction contraire.
— Combien vous faut-il d’avance ?
Le personnage laconique ne répondit que par le geste d’un homme froissé et disparut, sans qu’on entendît la porte se fermer.
Le courrier du lendemain apporta à Mawbray les premières « feuilles ». C’étaient des carrés de papier sans en-tête, portant, pour unique suscription, l’une : monsieur, l’autre : madame. Au bas, cette note, faisant foi d’une rigoureuse délicatesse : « Pour la première journée, la moitié seulement des honoraires stipulés sera perçue. »
Chaque matin, pendant huit jours, les rapports de l’agence Guérin et Cie arrivèrent. Le dossier de madame n’offrait rien d’intéressant. La veuve Hémery menait la vie d’une petite maîtresse qui se dorlote, reste tard au lit, ne sort que par le beau temps, un jour pour commander un chapeau, le lendemain pour montrer une robe à l’Hippique ou à quelque sermon de carême. D’ailleurs, pas plus d’amant que sur la main.
— Elle soigne son salut, se disait Mawbray en ricanant.
Peut-être qu’elle soignait tout simplement les marques bleues de ses épaules, et n’était pas disposée à témoigner à tout le monde la même confiance qu’à Vieuvicq.
Quant à celui-ci, l’emploi de son temps ne variait pas. Les matinées se passaient chez lui ou en courses. Il allait à son bureau, mais rarement. Chaque jour, il courait les fondeurs en cuivre, les tourneurs, les serruriers aux quatre coins de Paris. Deux fois, on le suivit au bureau des brevets d’invention.
Mais, l’après-midi, c’était une autre histoire. Autant de feuilles, autant de fois la mention suivante qui semblait stéréotypée :
« Entré à deux heures au no 28 de la rue Delambre. Sorti à six heures. »