— Je te bénis et je te remercie, mon cher enfant, dit-il avant d’expirer. Je suis tranquille sur toi ; car Dieu protège la race des fidèles. Quant à moi, je suis heureux. Je vais rejoindre ta mère.
Alors, fixant sur le jeune homme, à genoux près de lui, un regard plein d’une tendresse infinie, le mourant ajouta avec un sourire qu’on ne lui connaissait plus depuis longtemps :
— Comme tu lui ressembles !
Il emporta ce sourire avec lui dans le cercueil.
Par une belle soirée de printemps, les grilles rouillées de Vieuvicq se rouvrirent devant le descendant de la noble lignée escortant, à la tête d’une longue file de villageois, le modeste char funèbre.
Depuis sept ans, Guy n’était pas rentré dans le vieux château, en deuil de ses maîtres. A cette heure douloureuse, il ne se sentit pas le courage de franchir le seuil derrière lequel l’attendaient tant de souvenirs.
Ce fut sous la voûte de cette même tour isolée, où il avait passé ses premières heures d’étude, que l’orphelin déposa les restes chéris qu’il accompagnait. Dans la vaste pièce, toute tendue de noir, il commença, au milieu de quelques vieux serviteurs de sa famille, la lugubre veillée qui précède l’éternel adieu.
Assis près du cercueil, il laissait ses regards errer sur ces murs qui lui redisaient la trop courte histoire du bonheur de son enfance. Dans un coin, la longue table était encore chargée de ses premiers livres. Le tableau noir, à demi dissimulé derrière les draperies sombres, portait encore les derniers chiffres que sa main y avait tracés. Il revoyait le grand fauteuil délabré où s’asseyait son précepteur, le tabouret en tapisserie, ouvrage de sa mère, qui lui servait à lui-même.
Où étaient, maintenant, tous les êtres qui avaient franchi si souvent cette porte ? Sa mère dormait là, tout près, dans le caveau qui allait se rouvrir demain. Son père ! il était couché froid et insensible, sous ce drap de velours. Et la petite Jeanne de Cormeuilles…?
Il l’entendait encore dire, de l’autre côté de la porte, ce fameux « jour de la prison » :