— Quand nous aurons passé là, dit le jeune lieutenant à l’officier supérieur qu’il accompagnait, nous pourrons nous considérer comme tirés d’affaire.

— A merveille ! Mais ce château du diable semble avoir été mis là tout exprès pour nous couper le passage.

— Il n’était pas encore occupé ce matin, mon colonel.

— Eh bien, il l’est maintenant. Écoutez la musique.

Des éclairs rouges venaient de s’allumer sur la terrasse et les balles faisaient tomber sur le détachement une pluie de givre détaché des arbres du chemin.

— Ils sont encore peu de monde là-haut, dit le colonel après avoir écouté la fusillade. Nous allons filer sans attendre qu’il en vienne d’autres. On ne voit plus clair, Dieu merci ! Le malheur est que nous n’ayons pas le temps de faire sauter le pont derrière nous.

— Ce ne sera pas long, mon colonel : il y a une chambre à poudre dans la culée droite.

— Comment diable le savez-vous ? Enfin, si vous en êtes sûr, gardez quatre artilleurs et, quand nous aurons passé, flanquez-moi deux ou trois gargousses là-dedans. Bonne chance et, si l’on ne vous revoit pas, adieu !

La petite colonne défila plus vite devant Vieuvicq et ses quatre canonniers. Les balles sifflaient toujours et, parfois, touchaient juste. Quand le dernier homme et le dernier canon eurent franchi la rivière, Guy fit préparer la mine. Tout à coup sa monture s’abattit et il roula dans la neige.

— Hélas ! pensa-t-il tout en regardant le cheval battre l’air de ses sabots, la dernière fois que j’ai passé ici, c’étaient des baisers qu’on m’envoyait de là-haut. Pauvre petite Jeanne ! pauvre maman !