— Gare la mine ! ça brûle ! crièrent les artilleurs en se repliant au pas de course, suivis du lieutenant.
Une minute après, le pont sautait.
Comme Guy s’engageait dans les bois avec ses hommes, pour rejoindre le gros, il sentit le long de sa jambe quelque chose de chaud qui coulait.
— Mais, mon lieutenant, dit un artilleur, vous êtes touché ? La neige est rouge là où vous passez.
— Ce n’est rien, mon brave. La pauvre Cocotte en a eu plus que moi. Marchons !
Mais, cent pas plus loin, il tombait évanoui.
Le vieux nom ne devait pas s’éteindre encore ce jour-là. Vieuvicq, adoré de ses hommes, fut sauvé par eux. Quelques mois après il rentrait à l’école des ponts et chaussées, la boutonnière ornée du ruban rouge. Il en sortait, l’année suivante, avec le titre d’ingénieur. Le lendemain, il se faisait annoncer chez le directeur d’une des grandes compagnies de chemin de fer, ancien protégé de sa famille, un honnête homme qui avait conservé son rude langage de montagnard franc-comtois.
— Eh bien, camarade, demanda le personnage, qu’y a-t-il pour votre service ? Vous voilà sorti de l’École. Qu’allez-vous faire ?
— Je viens justement en causer avec vous, monsieur. Je suis sûr que vous me donnerez un bon conseil. Une bonne place, chez vous, m’irait encore mieux.
— Mon cher, entendons-nous bien. Sans votre grand-père, qui a payé ma pension au lycée de Besançon, je ne serais pas ici aujourd’hui. Je ne ferai donc que m’acquitter d’une dette en usant pour vous de tout mon pouvoir, qui n’est pas illimité, malheureusement. Si vous voulez entrer chez nous, à trois mille francs par an, vous n’avez qu’un signe à faire.