— Mademoiselle Touche-à-tout, si vous continuez, on vous mettra en pénitence.

— Je vais être bien sage ; mais c’est si drôle, toutes ces machines ! L’année prochaine, Guy, il faudra venir faire un pont à Cormeuilles.

— Il n’y a pas de rivière.

— C’est vrai ; quel dommage ! Mais vous ne savez pas faire que des ponts. Nous trouverons autre chose.

Sans perdre de temps, le jeune ingénieur se remettait au travail. Mais, au milieu de ses x, pendant le déjeuner champêtre qui coupa la journée, au cours de ses conférences avec les députations qu’il était chargé d’entendre, il se sentait poursuivi par ces paroles dites le matin :

— Six mois après mon mariage, j’étais veuve.

Cependant, il s’était montré digne de sa mission et, plus d’une fois, M. de la Hunaudaye avait eu des hochements de tête approbatifs. Il avait enchanté tout le monde par son attention à écouter les dires de chacun, et, pour conclure, il laissait espérer une solution qui mettrait tous les intérêts d’accord. C’était un pont d’une seule volée, sans pile intermédiaire. La dépense serait forte, mais moins élevée qu’on ne l’avait supposé. D’ailleurs, il était permis de croire que l’État en prendrait sa part, car l’utilité stratégique de la ligne était évidente.

Le jeune orateur fut applaudi avec enthousiasme, même par les nombreux auditeurs qui ne comprenaient que le bas-breton. Mais lui, en ce moment, ne voyait qu’un visage dont le sourire lui disait en très bon français :

— Bravo, Guy !

Il retourna au Gleisker de la même façon qu’il en était venu. Le jour tombait et, d’un commun accord, son amie et lui évitèrent de tourner, même de loin, au sentimental.