Il promit, remué au fond du cœur par cette parole qu’il sentait sincère.
Alors, sans rien dire, dans la nuit rendue plus sombre par les arbres du chemin, elle éleva sa main et, pendant une seconde, son petit doigt s’appuya sur les lèvres du jeune homme, comme pour sceller la promesse.
Le lendemain, au lever du soleil, M. de la Hunaudaye et Vieuvicq devaient dire adieu au Gleisker, celui-ci regagnant Paris, celui-là son chef-lieu. Fidèles aux traditions de la vieille hospitalité bretonne, M. du Falgouët et sa femme étaient debout pour assister au départ de leurs hôtes et présider à leur déjeuner, plantureux en dépit de l’heure matinale.
L’ingénieur en chef y fit honneur en conscience. Quant à Guy, le cœur serré par tant d’émotions diverses, il était assis devant sa tasse de thé, incapable d’en avaler une gorgée, et portant, sur son visage pâli, les traces de l’insomnie. Soudain, une porte qu’il regardait souvent vint à s’ouvrir, et Jeanne, après avoir dit bonjour à tout le monde, prit une chaise à côté de lui. Son agitation frappa la jeune femme et, en cet instant, elle devina que cet homme allait l’aimer de toute son âme.
— Eh ! bien, dit-elle, comme quinze ans plus tôt, vous ne mangez pas ?
— Si, balbutia-t-il, ou plutôt… il est un peu matin pour mon appétit.
— Je veux que vous mangiez, dit-elle.
De ses belles mains, elle avait étendu sur le toast doré un beurre digne de la table d’un roi. Elle présenta la tartine à Guy, l’obligeant à y mordre, tandis qu’à portée des lèvres du jeune homme, ses doigts blancs, coquettement, se retroussaient.
X
Trois semaines après, Guy entrait au ministère des travaux publics, apportant un mémoire et des plans minutieusement étudiés sur le pont de Plounévez. Le ministre, qui par hasard s’y connaissait, voulut voir le travail par lui-même. Il fut frappé des applications nouvelles qui s’y rencontraient et félicita chaudement Vieuvicq du succès avec lequel il avait accompli sa mission.