Je lui remis l'invitation de ma mère. L'épître lue avec quelques froncements de sourcil que j'interprétai sans trop de peine:
—Ta mère est toujours bonne comme je l'ai connue, dit mon oncle. Mais ce qu'elle demande est bien difficile.
—Cela serait dix fois plus difficile qu'il faudrait encore le faire, prononçai-je gravement. Rosie tombera malade si son été se passe à Paris.
J'avais touché juste. Le grand-père de ma cousine bondit comme il aurait fait, cinquante ans plus tôt, à une parole malsonnante.
—Rosie malade! s'écria-t-il. Qu'en sais-tu?
—Elle change, répondis-je avec aplomb. Ses traits se tirent, ses yeux s'agrandissent; l'abus du travail lui voûte les épaules. Il y a trois jours, pendant une courte visite que je lui ai faite au Louvre, elle a toussé plusieurs fois…d'une mauvaise toux.
—Elle ne se plaint jamais.
—Parbleu! si vous attendez qu'elle se plaigne!…. Elle sait que tout déplacement vous est incommode, et c'est une fille si prompte à se sacrifier!
—Oui, très prompte à se sacrifier, répéta mon oncle dans un écho qui ressemblait à un grognement.
Il me tourna le dos avec une sorte de mauvaise humeur, comme si j'étais responsable de l'esprit d'abnégation de ma cousine.