—Allons voir si l'orage a fait beaucoup de mal aux arbres du parc.

Ah! l'inoubliable soirée! Le ciel avait retrouvé tout son azur, et c'est à peine si quelques gouttes brillaient encore au feuillage rafraîchi par l'ondée bienfaisante. L'air n'était plus qu'une exhalaison de sève triomphante, un parfum de fleurs tirées de leur léthargie et tout heureuses de revivre. Le parc entier semblait une salle immense, parée de verdure nouvelle pour quelque fête grandiose dont les premières étoiles commençaient l'illumination. J'offris mon bras à ma compagne, galanterie peu ordinaire. Elle le prit sans me regarder, très nerveuse d'une sorte de pressentiment vague, et nous marchâmes lentement dans la direction du fameux platane. C'était là que je voulais lui ouvrir mon coeur.

Quand nous fûmes sous le grand arbre, je dis à Rosie, sans la faire asseoir sur le banc trop humide:

—J'ai découvert pourquoi la dame aux pensées ne m'écrit plus.

—Vraiment? fit-elle, curieuse de savoir dans quel dédale nouveau je m'égarais, car elle ne devinait pas encore. Et pourquoi donc?

—Parce que ses lettres porteraient le timbre du bureau de poste de
Vaudelnay. Comprends-tu, Rosie?

Elle tressaillit et se mordit les lèvres. Évidemment elle cherchait un moyen de prolonger mon erreur, mais je repris en entourant sa taille de mon bras, ce qui la rendit toute tremblante:

—Elle ne m'écrira plus jamais, plus jamais, Rosie! Ma bien-aimée, que tes lèvres me disent, à cette heure, ce que me disait ta plume. Car la dame aux pensées, j'en suis sûr maintenant, elle est là, sur mon coeur!

Sans hésiter, d'une voix très basse, elle prononça les chères paroles, et dans les rameaux touffus, sur nos têtes, les oiseaux semblaient se taire pour les écouter.

—Est-ce bien vrai? demandai-je quand mes lèvres eurent quitté son front. Tu m'as écrit tant de mensonges!