—Pas un seul, jamais! Je t'ai toujours dit la vérité.

—Allons donc! Ce salon très aristocratique où nous nous sommes rencontrés?

—Trouves-tu les Vaudelnay de famille bourgeoise?

—Non; mais cet être mystérieux et jaloux auquel tu appartiens, ces devoirs qui t'enlèvent ta liberté? Je te croyais vingt fois mariée, mère de famille, et tu m'as aidé à le croire.

—N'est-ce pas plus qu'un mari, plus qu'un enfant, ce grand'père pauvre, ce vieillard de quatre-vingts ans, qui n'a que moi seule au monde, qui m'a dévoué sa vie, à qui je dois tout?

—Et cette crainte de te manifester à moi? Vraiment, tu aurais eu le courage de vivre et de mourir sans me dire ton secret?

—Je le voulais d'abord, mais je ne m'en sentais plus la force. Je te l'aurais dit quand j'aurais été une vieille femme.

—Et pourquoi cela, je te prie?

—Parce que je suis très défiante, et Dieu sait si tes confidences pouvaient me rassurer. Parce que je te croyais incapable de me comprendre; parce que tu ne prenais pas la peine de me regarder. Et enfin,—elle baissa la voix,—parce que je suis très fière.

—Rosie, lui répondis-je, il faut être bonne jusqu'au bout. Fais-moi la grâce d'oublier tous ces vilains parce que. Au fond, je te le jure, je n'ai jamais aimé que toi.