Thérèse la trouva en train de causer, au milieu d'une forêt de pupitres chargés de partitions, avec une femme remarquable par sa figure, que madame de Lautaret ne nomma point à sa nouvelle visiteuse, et qui prit congé presque aussitôt.
—Encore des répétitions? demanda Thérèse. Je croyais votre saison finie.
—Ma saison sérieuse, oui. Mais j'organise un concert pour l'Œuvre des cancéreuses. A propos, je vous inscris pour chanter dans mes chœurs.
—Je n'y vois qu'un obstacle: je n'ai pas de voix, dit Thérèse en riant.
—De la voix! il s'agit bien de voix. C'est bon pour les femmes laides, d'en avoir.
—Il faut donc supposer que madame la duchesse trompe indignement soit les oreilles des gens, soit leurs yeux, dit la jeune femme avec une révérence drôle.
—Qu'elle est gentille! Mais on ne m'y prend pas, ma petite. Votre voix n'est qu'un prétexte. La vérité, c'est que ce monstre de mari nous tient en chartre privée. Dites-lui que sa cousine Herma fait partie de ma troupe. Ça le décidera; je vous mettrai à côté d'elle.
Et de deux! Madame de Sénac se leva pour partir, dès qu'elle put.
—Je ne vous parle pas de votre procès, dit la duchesse en la reconduisant.
Elle en parla, néanmoins, et même avec une sagacité prodigieuse, car Anceline fait l'étonnement des hommes d'affaires les plus consommés, quand elle s'occupe des questions pratiques.