—Le vapeur est loué et le meilleur tapissier de Genève le décore. Nous aurons à bord un orchestre pour faire danser, et un restaurant, pas trop mauvais, j'espère. Le matin des régates nous partons d'ici; nous déjeunons en route. Le soir, après les courses, nous dînons à bord, en rade de Meillerie, par tables séparées. Madame de Sénac voudra bien me faire l'honneur de s'asseoir à la mienne. J'ai déjà notre chère duchesse avec ses invités, puis quelques amis: Luzinargues le journaliste, notre futur ministre des finances Bérisal, le président Montoussé…

—… Futur garde des sceaux, continua Sénac avec une gravité imperturbable. Je vois que nous serons en bonne compagnie et j'espère que, pour cette fois, M. Chandolin délaissera la nature morte.

Au même instant, on remit une lettre à madame Chandolin qui en prit lecture, en s'excusant, et manifesta une joie complète.

—Nous aurons toute la coterie Thilorier, fit-elle en passant la lettre à son amie Valentine. Lise m'annonce huit ou dix personnes.

—Qu'appelez-vous la coterie Thilorier? demanda Sénac. La chose m'intéresse, puisque nous sommes embarqués sur le même navire.

L'humeur de Valentine commençait à souffrir de l'admiration trop peu déguisée du prince pour madame de Sénac. Elle répondit assez aigrement:

—Le salon de Lise Thilorier est connu de tous les Parisiens.

—Ma chère, vous voyez bien que non, riposta Magdelaine, prenant le parti du comte. Il ne faut pas croire tout ce que cette ennuyeuse vous raconte sur son propre mérite.

—Si elle vous ennuie, pourquoi vous réjouissez-vous de l'avoir sur votre bateau?

—Oh! par pure charité. La recette des pauvres s'augmente d'autant.
Si je n'écoutais que mon goût…