L’héritière ne répliqua rien : elle releva la tête, foudroyant le pauvre docteur d’un regard dédaigneux. Elle eût aimé lui répondre :

— Eh bien !… Et si vous aviez pour fils le plus beau des enfants des hommes, un millionnaire, un prince ?… Pensez-vous qu’il obtiendrait un regard de celle qui appartient, cœur et âme, à Robert de Chalmont ?

M. Falconneau quitta la chambre avec son ami, sous prétexte de le reconduire. Quand il fut de retour auprès de sa fille, une heure après, il dit :

— Ce n’est pas tout que d’hériter : il faut aller recueillir la succession. J’inclinerais à partir sans tarder pour revenir avant les grandes chaleurs, et t’emmener à Batna. Que dirais-tu si je prenais, à Philippeville, le bateau de la semaine prochaine ? Quant à toi, j’ai pourvu à ton sort pendant cette absence. Le bon docteur veut bien t’accepter comme pensionnaire. Sa femme est excellente et ses filles…

— Vous allez dans les Landes, papa ? demanda Clotilde sans répondre.

— Naturellement. Je toucherai d’abord à Saint-Sever ; c’est là que se trouvent les biens de… la défunte. Puis j’irai faire une visite à la tombe de ta mère. Ceci, par exemple, sera dur. Voir ma pauvre maison aux mains d’un étranger !… Ah ! si je pouvais, d’un coup de baguette, réaliser mon rêve !…

— Quel est-il, votre rêve, mon cher papa ?

— Racheter la Peyrade et te rendre assez forte pour que nous y passions les étés ensemble. Pour l’hiver, je me bâtirais un pavillon ici… J’aime beaucoup Biskra pendant la saison froide.

— Vraiment ? dit Clotilde avec un sourire triste. Eh bien ! je ne vois qu’une chose difficile dans votre rêve : c’est la partie qui me concerne ; et encore je vais tellement mieux ! Le pavillon de Biskra n’est qu’une parole à dire pour des gens riches comme nous. Quant à notre ancienne demeure, j’ai dans l’idée que… monsieur de Chalmont vous la rendra demain, si je la lui demande.

M. Falconneau considérait sa maison de la Peyrade comme une résidence unique, surtout depuis qu’elle appartenait à un autre. L’idée que Robert de Chalmont pourrait s’en dessaisir, autrement que contraint et forcé, lui parut tout à fait plaisante. Il répondit :