— Qu’est-ce qui te prend ? N’aimes-tu pas le docteur et sa femme ? Ne peux-tu, sans mourir, passer deux mois chez eux ? Tu l’avais accepté de bonne grâce, pourtant !

— Je l’avais accepté. Mais, dès le lendemain, un désir est né en moi de… revoir la France. Aujourd’hui ce désir est une maladie, plus dangereuse que l’autre, je le sens fort bien. Si vous aimez votre fille, donnez-lui une joie dans sa vie, la plus grande joie que cette vie, très courte, aura jamais connue.

— Est-ce que tu vas avoir des caprices, maintenant ? dit Falconneau. Est-ce que…?

La suite de la mercuriale resta sur ses lèvres. Il venait de regarder sa fille et sentait, revenue en lui, cette terreur de la voir mourir, qu’il commençait à oublier depuis que l’échéance paraissait plus lointaine.

— Voyons, petite ! ne te mets pas dans un état pareil, s’écria Falconneau. Je ne refuse pas de t’emmener, tu m’entends ? Je ne refuse pas. Seulement il faut que je parle au docteur : je cours chez lui.

Le docteur vint presque aussitôt. Il examina de près sa jeune malade et ne fit pas de plaisanterie.

— Venez, dit-il au père, il faut que nous parlions de ce voyage.

Quand ils furent seuls :

— Voici du nouveau, déclara l’homme de science. Le poumon va mieux et le cœur se prend. L’an dernier le mot d’ordre était : Pas de courants d’air ! Aujourd’hui c’est : Pas d’émotion ni de contrariétés ! Pour conclure : emmenez votre fille en France. Vous arriverez avec le mois de mai à Marseille ; prenez le premier train pour Pau ; vous y laisserez Clotilde jusqu’aux chaleurs. Et Dieu vous garde d’un coup de mistral au débarquement !

Informée de la décision prise, mademoiselle Falconneau sembla devenir une autre personne. Elle mangea, fit ses malles avec une activité de bon augure et, la chose va de soi, ne ferma pas l’œil jusqu’au matin. Mais, comme elle dit à son père, ce n’est pas l’insomnie qui fait les mauvaises nuits : ne pas dormir, avec des pensées joyeuses dans l’esprit, c’est meilleur que le sommeil.