La traversée fut heureuse ; le débarquement ne fut salué par aucun coup de mistral. L’air était presque tiède ; le changement de température moins vif qu’on aurait pu le redouter. Non loin du port, les deux voyageurs passèrent devant un bureau de télégraphe, et Clotilde fit arrêter la voiture, s’apprêtant à descendre. « Ne bouge pas, dit son père. Je vais envoyer la dépêche. »
Mais la jeune voyeuse était déjà debout devant le guichet, traçant une simple ligne qu’elle méditait depuis quatre jours :
Robert de Chalmont. — La Peyrade.
J’accompagne mon père et je meurs de joie.
CLOTILDE.
Quand elle eut repris sa place au milieu des paquets et des couvertures, son père lui demanda :
— Tu connais donc les hôtels de Pau ?
Elle joignit les mains avec des yeux qui auraient désarmé un tyran plus féroce.
— Mon cher papa, j’ai assez des villes où meurent les poitrinaires ; j’en ai même trop. Si vous m’aimez, nous irons d’abord à la Peyrade pour nous occuper de votre rêve — et aussi du mien. Ai-je toussé une fois depuis que nous sommes partis ? Je suis forte ; le voyage me fait du bien. Il me guérira, si vous me laissez faire mes volontés, c’est-à-dire être heureuse. Le bonheur ! J’en ai eu si peu, jusqu’ici !
Ses yeux brillants, ses joues roses, la rendaient jolie et séduisante. Son père l’admira, presque timidement, comme il eût touché une fleur unique, très délicate, rapportée de loin.
— Sois donc heureuse, dit-il. Essayons de gagner la Peyrade. Mais, à la première toux, en voiture pour Pau ! En attendant, où logerons-nous ?