— Dans notre ancienne maison, répondit-elle. Je viens de télégraphier.
Il fallut coucher en route. Le lendemain seulement, comme le soleil s’inclinait déjà sur les dunes couronnées de pins tout brillants de résine, les voyageurs quittèrent le train dans la petite gare qui desservait la Peyrade, toujours dans l’attente de son embranchement. Sauf quelques chars à bœufs chargés de bois, l’on n’apercevait dans l’enceinte des barrières brunes que deux voitures. L’une, un char à bancs couvert, était évidemment destinée à Falconneau et à sa fille. L’autre, sorte de fourgon transformable en break, attendait les bagages. Sur le quai, deux hommes seulement ne portaient pas le béret et la blouse : l’un était le chef de gare ; l’autre… Célestin Bidarray.
Il était si pâle, si défait, si tremblant, que Clotilde, craignant un malheur, devint toute pâle elle-même. Avec un grand effort pour empêcher sa voix de la trahir, elle dit :
— Bonjour, monsieur Célestin… J’espère qu’il n’est rien arrivé à… notre ami.
— Rien, mademoiselle : rien. Seulement… c’est moi qui suis venu vous chercher.
— Monsieur de Chalmont reste chez lui pour mettre les petits pots dans les grands ? dit Falconneau. Nous sommes d’une indiscrétion !… Mais vous savez, mon cher Bidarray, nul visage ne pouvait m’être plus agréable à voir que le vôtre, puisque mes vieux amis, votre digne oncle et mon brave Lespéron, ne peuvent plus être là pour me souhaiter la bienvenue.
Un pâle sourire de reconnaissance flotta sur les lèvres de Célestin. Il était demeuré toujours le même, doux, modeste, silencieux ; mais il portait des vêtements neufs, prodigalité inconnue au temps de sa carrière pharmaceutique. Il répondit :
— Monsieur Falconneau, les vieux amis ne sont plus là, malheureusement. Dans tous les cas il vous en reste un jeune, sur qui vous pouvez compter jusqu’à la mort.
Le train venait de partir. Clotilde, pendant que son père vérifiait les bagages, restait debout près de Célestin. Ni l’un ni l’autre ne trouvaient une parole à dire. Tout à coup un colloque animé s’éleva entre M. Falconneau et le chef de gare.
— C’est vrai ; une de vos malles a été gardée dans le fourgon, reconnut ce dernier. Mais vous l’aurez dans une demi-heure : les trains se croisent à la station prochaine. Je cours au télégraphe.