M. Falconneau revint près de sa fille. Elle paraissait toute changée et, soudainement, une extrême lassitude marquait ses yeux de grands cercles sombres. Pour la première fois, depuis plusieurs jours, elle eut une légère toux.

— Grand Dieu ! voilà que tu prends froid ! s’écria son père. Célestin, avez-vous une voiture fermée ?

— Oui, monsieur ; et une autre pour les bagages.

— Nous sommes sauvés, alors. Vite, emmenez la petite et prenez soin d’elle en débarquant. Vous êtes un peu médecin. Sa chambre est-elle chauffée ?

— Il y a du feu depuis ce matin, répondit Bidarray qui paraissait plus mort que vif.

— Eh bien ! donc, partez sur-le-champ. Moi je vous suivrai dès que cette maudite malle sera trouvée. Enveloppe-toi bien, vilaine enfant ! Si tu tombes malade, ce sera de ma faute. Je n’aurais pas dû te laisser venir ici.

— Ne craignez rien, papa. Dans une heure je serai à la Peyrade. Et alors… tout danger aura disparu.

Deux minutes après, Clotilde et Célestin roulaient ensemble, sous les rideaux fermés du char à bancs. La jeune fille rompit le silence la première :

— N’est-il pas étrange que j’arrive seule chez… chez monsieur de Chalmont que je ne connais pas ?

On aurait pu croire que son compagnon n’avait pas entendu. Sans desserrer les lèvres, il semblait compter les tas de gravier du chemin. Tout à coup, faisant le geste suprême du condamné qui va offrir sa poitrine aux balles, il prit la parole d’une voix sourde et tremblante :