Le moyen de répondre à cette tirade :
— Mon père, j’ai dit, j’ai écrit à l’inoffensif Célestin que je l’aime. Il y a bien eu quelques erreurs d’adresse ; mais enfin il a mes lettres. Si mal élevée que je sois, il me paraît juste que je l’épouse. Quand voulez-vous qu’il vienne pour demander ma main ?
Donc elle ne répondait que par de gros soupirs.
S’il ne s’agissait d’un être impalpable, on pourrait dire que Robert de Chalmont riait à se tenir les côtes derrière les rideaux fanés du logis. Sa grande colère était passée : même sans opium, il laissait Clotilde sommeiller en paix, n’ayant plus à l’endroit de son rival « inoffensif » qu’une sorte de mépris débonnaire. Mais, pour Clotilde, l’épreuve n’était guère plus douce que la précédente. Elle vivait d’ailleurs dans une solitude complète ; son père passait le jour à collationner les inventaires, à discuter les chiffres, à visiter les fermes. Elle-même, ne comptant pas vivre à Saint-Sever, fuyait plus qu’elle ne cherchait les nouvelles connaissances. Nul n’aurait pu lui reprocher qu’elle poussait trop loin sa liberté d’allures.
La liquidation finie en toute hâte, car la jeune malade s’était remise à tousser, on partit pour les Eaux-Bonnes. Célestin devait s’y transporter pour faire sa demande, sitôt que le terrain serait préparé ; mais rien n’annonçait une préparation même éloignée, Clotilde se sentait lasse, incapable de tout effort, surtout de l’effort de dire à son père :
— Voulez-vous permettre que je devienne madame Bidarray ?
Cependant Falconneau ne quittait plus sa fille et s’était remis à la gâter, comme au temps où il avait peur de la perdre ; même il la gâtait mieux, étant plus riche. Elle s’en aperçut et dit un jour au médecin :
— Je vois que mon père ne veut rien perdre des heures qui nous restent à passer ensemble. Encore une poitrinaire que les Eaux-Bonnes, si bonnes qu’elles soient, n’auront pas guérie !
— Mais, mademoiselle ! répondit le docteur, la poitrine va beaucoup mieux. Si vous étiez de la partie, vous verriez que je ne vous donne pas des remèdes de poitrinaire.
Il ne mentait pas : Clotilde mourait d’une dégénérescence rapide du cœur, suivant la prédiction faite à Biskra. Un soir, elle eut sa première syncope ; le lendemain, le curé vint la voir par hasard ; mais elle ne fut pas dupe du stratagème et demanda d’elle-même à se confesser. Comme le prêtre cherchait à lui donner du courage :